LA DAME AU SAC ET LE HÉRON

Budapest est d’autant plus époustouflante qu’on a, pour y parvenir depuis la Roumanie, traversé d’ennuyeuses étendues où alternaient, invariablement, champs de maïs et champs de tournesols, la fleur de ces derniers s’affaissant désormais, desséchée et même cramoisie comme je le remarque toujours vers la mi-août, au moment de passer sur le versant mélancoliquement descendant des vacances. Comme j’ai surtout marché (34 kilomètres en deux jours m’indique mon compteur), tâchant de cadrer au mieux mes cartes postales, pas ou peu d’anecdotes au sujet de la capitale hongroise. Un si court séjour laisse peu de temps au hasard de l’aventure ou à celui de l’enquête et le récit de mes difficultés à trouver refuge (réservation annulée puis finalement rétablie), ceux du choix cornélien entre la douche sans pommeau (un simple tuyau souple) ou avec (jets horizontaux et non verticaux aux quatre points cardinaux de la cabine non hermétique), de l’oubli de mon sac de victuailles dans un frigo (et de penser à ma mère me disant toujours : « Bélot, le mieux est l’ennemi du bien. »), de l’achat d’une nouvelle valise « façon Burberry » (35 euros) en remplacement de la précédente décidément réfractaire à l’idée même qu’une valise puisse rouler et dans l’espoir compréhensible de ne plus voir se retourner les piétons sur mon passage comme pour m’indiquer sournoisement, compte tenu du bruit très désagréable effectivement produit, qu’une valise ne se traîne pas au sol et qu’il était de loin préférable de porter la mienne sur mon dos, de changer ses roulettes (mais à l’époque de l’obsolescence programmée, même dans les ex pays du bloc soviétique notons-le bien, cette opération semble tout à fait irréaliste voire utopique en Hongrie où la langue en usage est totalement incompréhensible) ou donc d’en acheter une neuve façon Burberry ou non, celui, enfin, de cette dame en face de moi au moment où je note ces pauvres circonstances, fouillant compulsivement le contenu de son sac, pliant et repliant chaque ticket de carte bleue, zippant et dézippant chacune de ses fermetures Éclair, ne me paraissent pas indispensables, fussent-ils sous forme de prétérition. Le mieux qu’il y ait à faire est donc de regarder quelques photos.

PS : Pour ceux que cela intéresse, les paysages au Sud de la capitale en direction de la frontière slovène me paraissent plus riants que les mornes plaines de la Hongrie Centrale. J’y observe quelques hérons sauvages ; je dis « sauvages » parce que visiblement ils ne sont pas domestiques, et « héron » parce que, faute de connaissances ne serait-ce qu’élémentaires en ornithologie, le premier oiseau au long cou et aux pattes graciles planant à basse altitude au-dessus d’un plan d’eau ne peut être, pour moi, qu’un héron. Je dédie cet article à Jérôme (https://de-bec-et-de-plumes.com), follower de ce site et grand passionné d’ornithologie.

 

2 réflexions sur “LA DAME AU SAC ET LE HÉRON

  1. Chouette longue première phrase annonçant la phrase proustienne (le correcteur orthographique voudrait que j’écrive « prussienne », intempestif accès de zèle pro-germanique) de la fin (ai-je vu un accord incorrect ?). Je me régale toujours autant.

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