DE PASSAGE…

 

On est parfois naïf. Je connais depuis longtemps l’agaçant mais véniel manège des solliciteurs. Ils vous abordent, nouent habilement un dialogue que vous ne recherchez pas mais qu’il est difficile de tuer dans l’œuf, vous baladent dans le quartier, vous téléguident vers les boutiques de souvenirs et, en fin de parcours, vous demandent leur commission. Ici, au Caire, je n’ai pas imaginé que ce vieux professeur de mathématiques à la retraite, rencontré au bas de mon hôtel, m’embarque dans une conversation socio-politico-philosophique pour, le moment venu, après les salutations, le thé à la menthe, la traversée périlleuse des artères, la vue sur le Nil nocturne, me demander de le payer – quelques livres, à ma convenance, mais pas en dessous de cent tout de même – afin d’acheter du chocolat pour ses petits-enfants. Nous nous sommes quittés en mauvais termes. J’étais à la fois bêtement vexé et surtout dérangé par l’humiliante position où, à mes yeux, s’était placé ce confrère. Mais je n’habite pas au Caire, je ne connais rien de l’Egypte, et je n’ai aucune idée précise du prix du chocolat et de ce qu’est là-bas une vie de prof de mathématiques retraité. Les ressorts de cette situation banale sont à chercher dans des études sérieuses du post colonialisme, de la corruption endémique, des difficultés économiques des pays dont la principale ressource est le tourisme alors même que les touristes occidentaux s’en détournent par appréhension du risque terroriste, enfin de l’éventuelle mauvaise conscience du voyageur tiraillé entre ses principes notamment tiers-mondistes, son porte-monnaie et la souterraine manifestation de ses déterminations culturelles d’Occidental middle class, suffisamment friqué pour prendre de beaux avions mais pas Crésus non plus.

Le vendredi matin, le centre du Caire est désert. J’ai tout le loisir de détailler la façade des cinémas et, corrélativement, de penser à Jacques. À la gare, nouvellement restaurée, c’est toute une histoire de réserver une place pour Alexandrie. Et puis, plus loin, c’est le quartier Al Hasar, son souk aux épices, la mosquée du XIIe siècle Sabil Kuttab El Muttahhir que je visite distraitement, enfin cette curieuse fabrique de fez (ou tarbouche nous dit Wikipédia), le chapeau traditionnel égyptien.

Les photos rendent compte de ce parcours cairote mais en fait je n’ai que de peu de temps, je suis de passage.

Demain peut-être Alexandrie, et encore, ce n’est même pas sûr.

2 réflexions sur “DE PASSAGE…

  1. Comment ça pas sûr ? Il y a de l’énergie dans ta colère et non, les cairotes ne sont pas cuites. Fais-nous en profiter, s’il te plaît : c’est trop bien de voyager depuis sa chambre grâce à toi ! Hier tu m’as enduit de mélancolie et aujourd’hui coiffé d’un fez. Comment serai-je, demain, dans ma chambre ?

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  2. Elle est très bien avec son fez ! Faisons ce qui nous plaît, en Mai ou au Caire, et oublions les malentendus financiers, on ne peut plus compter sur les profs de maths… Voyageur immobile, tel est ton lecteur mélancolique ou affublé du chapeau de clarté de Mallarmé, quand il était enfant gâté et qu’il voyait des fées partout, avec en plus des mains mal fermées. Ce qui est déconseillé à l’étranger aux routards adultes.

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