LA ROBE D’ALEXANDRIE

Raymond Depardon, Empty Quarter, 1985.

Quand j’ai décidé de me rendre au Ghana en passant, pourquoi pas, par l’Égypte, j’ai tout de suite pensé à Alexandrie, destination vaguement romanesque dans mon esprit et surtout point d’arrivée de Raymond Depardon (The master) après sa grande traversée de l’Afrique, depuis le Cap de Bonne Espérance jusqu’au bord oriental de la Méditerranée, là où son accompagnatrice aimée en secret, Françoise Prenant, avait jadis acheté une robe légère. Le déraillement d’un train dans la banlieue de la ville la veille de mon départ a failli ajourner cette visite. Mais après six heures de voyage (au lieu de deux), j’ai pu poser mes pieds et ma valise dans la rue, prendre une bouffée d’air humide et un taxi, gravir les escaliers du Ramsis Hotel, payer la nuit d’avance, ouvrir la porte-fenêtre de la chambre et, debout sur le balcon, écouter la rumeur de la nuit le long de la grande corniche.

Je n’avais déjà plus que quelques heures. Alors, cette grande corniche, je l’ai remontée une première fois cette nuit-là, puis le lendemain matin très tôt, au moment où la ville s’éveille. Nous étions entre les 12 et 13 août 2017 et mon podomètre, pour le dimanche 13, m’indique 10,3 kilomètres, soit 16376 pas. C’est peu, j’ai fait bien pire, mais le mauvais état des chemins de fer égyptiens avait inopinément bouleversé mon programme. Nonobstant, j’ai tout de même visité deux fois le mythique Windsor Palace Hotel, croisé le regard peu amène de quelques types inquiétants, constaté que certains restaurants sont grecs, traîné dans les parages du fort Qaytbay et du Elqal3a, passé un moment dans un café et filmé. En revanche, je n’ai pas pu me faire une idée de l’intérieur de la bibliothèque d’Alexandrie. Ses heures d’ouverture étaient trop tardives, il me fallait trouver un taxi pour la gare, reprendre le train frigorifique direction Le Caire, y passer une dernière courte nuit avant, le lendemain, de traverser le ciel du Soudan, du Tchad, du Nigeria, du Bénin et du Togo, c’est-à-dire plus simplement traverser comme déjà dit l’Afrique d’est en ouest et en diagonale.

Ce qui suit cette courte escale alexandrine sera donc demain l’objet de nouveaux carnets. Trente après, les carnets de mon retour au Ghana.

4 réflexions sur “LA ROBE D’ALEXANDRIE

  1. Ah… J’ai eu du succès aujourd’hui, avec mon fez, mais pour aller dans mon établissement, demain, je ne mettrai pas de robe légère…
    L’Egypte… Je pense à l’époque où d’après Moustaki et Paula Jacques, par exemple, toutes les communautés tant nationales que religieuses y vivaient en harmonie.
    Je pense à la destinée d’un chanteur yéyé arrivé en France parce que sa famille avait été expulsée au moment de la nationalisation du Canal de Suez.
    Je pense aux pharaons, aux plaies parmi lesquelles il faut donc ajouter l’état des chemins de fer. Mais outre les plaies, il faut que je bosse. Le cours (du Nil) ou non, n’attend pas les sirènes du port d’Alexandrie. Chante, Alain et merci.

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  2. J’ai toujours rêvé d’aimer en secret mon accompagnatrice, c’est plus sobre que le brame amoureux de Gilbert Bécaud pour sa Nathalie bécotée sur la place Rouge. Il devait s’en passer des choses dans les chambres d’hôtel prés de la place, elle avait les yeux bleus, son guide ! De pardon, je m’excuse, je l’imagine non pas en Sisyphe heureux mais en pro et prolo du Voyage, passant sans barguigner les frontières et son CAP de Bonne Espérance. La vraie vie est ailleurs, en tout cas elle n’est pas en bas de chez moi !

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