ÉTERNITÉ

Faisons comme si dans un mouvement dialectique hasardeux passé et présent se trouvaient dépassés ; ils deviendraient éternité ? J’ai bien dit « comme si » et, au terme de ce voyage, revenons à la simplicité pure des émotions et de leur écriture. Les restes. Le meilleur.

À Princess Town, alors que le jour décline, la voiture qui s’engage sur la bande de sable jusqu’au village de huttes, inchangé depuis mon passage avec Jacques, tel que je l’ai réinventé plus tard, tel qu’il semble devoir rester toujours.

Les racines des fromagers sur le campus de l’université de Cape Coast : des pattes d’iguanodon. La peau rugueuse de cette vieille ferraille d’hélicoptère. Le poisson-jouet sous l’enceinte du fort.

Du fond du passé, la retrouvaille d’un nom oublié, Salaga, le marché de Salaga, marcher de nouveau dans le marché de Salaga.

Les rues tranquilles d’Achimota, comme à Cantonnements, il y a trente ans. Le retour vers le centre. Le gars qui, au bord du terrain, me prend pour un recruteur de foot. Les joueurs de hockey sur herbe. La tour de l’horloge au Adisadel College.

LEL. La tombe perdue.

Les geôles.

La nuit au Hi Hill Li. La porte peinte de motifs bariolés. La façon dont Lydia tenait sa cuisine. La promenade prudente autour des remparts baignés d’eau noire.

Kiki, Kofi, et d’autres.

Takoradi by night. Le brouet à l’hôtel. Les chambres.

« Ils étaient ce soir-là à l’embouchure de la rivière Prah. » La marche sous le soleil pour aller sur les lieux du roman à faire.

Le passage du convoi présidentiel près de Flagstaff House. Les motards, sirènes hurlantes,  qui me font signe de me retourner pour ne pas regarder.

La voiture d’Nkrumah dans sa vitrine.

Les mains de Robert Yennah. Sa manière de s’accouder au fauteuil. De parler du métier.

Abokobi Road, la frustration de ne pas m’y retrouver.

La route.

Les visages.

Mon visage regardant les visages.

Le monde regardé.

4 réflexions sur “ÉTERNITÉ

  1. Incroyable ! J’écris sur ce sujet, suant sang et eau pour que ça « sonne » comme je le désire, puis je te lis : même sujet……
    Tu viens d’écrire un poème en prose, tu le sais ?

    J'aime

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