TOMBOUCTOU, 52 JOURS…

Ces « carnets des premières fois » – que je reprends ici après une assez longue absence – pourraient constituer un publi-reportage pour Citroën. Mes anciens élèves Samantha Nobilo et Anthony Fragione y trouveront peut-être de quoi stimuler leur amour des 2CV. Je les salue !

Nous sommes en 1980. Giscard d’Estaing est encore au pouvoir mais plus pour très longtemps. Michel Rocard a relancé l’espoir à gauche après la déconvenue des élections de 78, mais c’est bientôt Mitterrand qui raflera la mise. Nous nous trouvons au bord d’un monde qui va bientôt changer, les deux dernières décennies du siècle, en France la future conversion aux lois du marché triomphant, le marketing de la réussite et du « tchallenge » (Tapie, Bouygues), la langue aseptisée des « espaces d’attente » (plutôt que salles, qui sent son vieux), Honesty de Billy Joël, l’arrêt Bosman, Zidane, Chirac et Jospin sur le perron de l’Élysée, que sais-je encore, tout ce qui tissera nos existences de futurs trentenaires, quadras, quinquas, et je m’arrêterai là…

Mais sur le bord seulement. Je viens d’obtenir mon permis de conduire et en 2CV il faut encore presque deux jours pour relier Menton (Alpes-Maritimes) à Sorèze (Tarn). Entre Salon et Montpellier, c’est la route, presque des chemins ! On pique-nique sous un cyprès au son des cigales. Quant à aller au Maroc ! Là il faut au moins cinq jours. Je me souviens de la traversée de l’Espagne, le camping sauvage au bout d’une piste caillouteuse dans les oliviers andalous. Je me souviens du détour de la petite route blanche, sur la carte, le détour par Huescar. Et puis tout de suite après l’arrivée du ferry à Tanger l’absence notable de banlieue, immédiatement le Rif poussiéreux, les hommes en burnous, l’odeur du cèdre, ma première fois en Afrique du Nord, avec Gérard le cousin géographe et Bob Marley en boucle jusquà Zagora, le Tafilalt, là où on annonce 52 jours de chameau pour Tombouctou, le panneau mythique depuis ravalé comme une façade, multiplié sur Instagram (je suppose), reconstitué dans le zoo d’Hanovre pour servir de décor aux animaux du désert.

J’aurais un roman à écrire sur cette première fois-là. Elle fait partie de mon histoire. Et je la garde pour moi. Le mois prochain, n-ième voyage au Maroc. Direction Oujda.

3 réflexions sur “TOMBOUCTOU, 52 JOURS…

  1. Vois, Yageur, souviens-toi, puis écris si cela te fourmille dans la tête et sous les doigts. Re-suscite les images, commente-les. Et merci pour le récit illustré fait à tes lecteurs.
    De mon côté, cet été 80, j’avais quatorze ans. Ecrasé de chaleur Farenheit, je divaguais en famille et road trip à travers les Etats-Unis, dans un break à trois banquettes. Une boucle est-ouest et retour en un mois, croisant dans les nuages de poussières d’énorme trucks qui nous défiaient en Duel quand ma mère et ma tante passaient leurs jambes à travers le coffre. Cela avait littéralement rendu fou un roader qui n’arrêtait pas de nous klaxonner. Qu’est-ce qu’elles ont pu se faire engueuler par mon père et mon oncle qui, inquiets sur cette ligne droite à perte de vue, s’étaient laissés doubler par le furieux !
    Moi, rétrospectivement, j’aurais aimé croiser Thelma ou Louise, mais j’étais trop jeune. Halte pour l’Independance day à Lander (Wyoming), défilé, sur la seule rue du village, de tous les souvenirs de la mémoire américaine : cow-boys, indiens, chevaux, chercheurs d’or, trappeurs, mormons, Oncle Sam, rocher d’Okinawa… Rodéo à l’entré du patelin pour clore la journée.
    Des milliers de kilomètres avalés, parsemés de Best Westerns, swimming-pools, Rice Krispies, puis, On the road again, de rest areas et sightseings. Ah, Bryce canyon et Mesa Verde… Le premier m’a préparé à la rude poésie de Paris,Texas et à l’extraordinaire et écorchée bande-son de Ry Cooder. La seconde m’a envoyé par le fond, dans les troglodytes. Catabase mais aussi rêve de vivre Tulsa time avec son intro au piano et la guitare de Slowhand comme dans le concert Just one night (in Tokyo). https://youtu.be/AejYMD8fgb8?list=RDAejYMD8fgb8
    Je me souviens de Honesty de Billy Joël dans les hauts-parleurs dès notre arrivée à Kennedy Airport et aussi des traces, à Central Park, du concert, bien à l’abri dans ma mythologie personnelle, de Simon et Garfunkel. Depuis je ne cesse de fredonner an American tune en regardant des Kodachrome. They give us those nice bright colours…
    Thank you for yours, Alan ! Viva Africa ! Jah ! ^^.

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  2. Merci, Vincent, pour cet extraordinaire commentaire de cinéphile ! En plus, tu as réveillé chez moi un autre souvenir : Honesty de Billy Joël ! C’est tout à fait la bande son du début de ces années 80 (et même de la fin des seventies). Du coup, une fois n’est pas coutume, je reprends mon article et y glisse cette référence supplémentaire à l’air des temps anciens ! Merci l’ami !

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