SAD

La nuit a tiré un drap de coton blanc sur la ville. À quoi ressemblent les vastes plaines intérieures de l’Uruguay ? Je n’aurai probablement jamais la réponse.

Repartir. J’ai dans la tête le cartel, à l’autre bout de la corniche. Le bus brinquebalant, je l’abandonne à mi-chemin dans une zone vague puis, au manège désert – que j’appellerai « L’éléphant gris », – j’oblique vers la mer. Ce cartel, il suffit de taper « Montevideo » dans Google Images pour le voir s’afficher; en un clic, vous l’avez. Mais là, dans la réalité géographique, celle qui ne se confond pas avec la carte (sauf dans la nouvelle de Borges intitulée De la rigueur scientifique : « … les Collèges de Cartographes levèrent une Carte de l’Empire, qui avait le Format de l’Empire et qui coïncidait avec lui, point par point. »), dans la réalité géographique, donc, il faut marcher longtemps. Si la moitié de la population uruguayenne habite la capitale, j’estime à 1/1000ème de cette population citadine le nombre des coureurs qui ce dimanche empruntent la corniche en tenue de sport. Un seul autochtone, selon mes observations, fait de l’escrime sans adversaire. Il s’entraîne contre le vent, à deux pas du mémorial de la Shoah. Autre observation, pas de plage ou très peu. Des rangées interminables d’immeubles cossus qui m’ennuient, y compris ceux du quartier Deauville et Biarritz, non loin du cartel où je finis par arriver. Une bonne chose de faite…

Après-midi. J’ai décidé de remplir la mission qu’implicitement, depuis la 6ème, m’impose mon ami Jacques : aller voir des rails, des gares. De l’autre côté de la vieille ville (où j’ai donc fini par retourner),  pas un chat. Je traverse le quartier des rues américaines (Valparaiso, Nueva York, Asunción, Lima, Nicaragua) pour tomber sur les palissades qui barrent l’entrée d’un bâtiment sinistre : la gare d’Artigas; abandonnée. Tout autour, entre la Torre de las Telecomunicaciones et le Palacio Legislativo, la ville est triste et désertée. Dans Montevideo, il y a « vide », voilà pourquoi… À l’épaule droite et au mollet gauche, crampes de solitude sévères. J’ai beau croiser quelques brocanteurs qui plient bagages, je me dis que le dimanche sud-américain est mortel; mais c’est aujourd’hui le chemin.

Celui de Darwin a dû passer par Colonia. Au début des années 1830, la ville portugaise puis espagnole était devenue uruguayenne. Y croisait-on des émeus ? Je me le demande. En ce lundi, je m’y rends par le bus en compagnie de sympathiques Brésiliens qui s’embrassent sur une seule joue. Je suis satisfait du carnet rouge que j’ai acheté l’avant-veille dans une papeterie de l’avenida 18 de Julio. Je l’inaugure; c’est là que je consignerai à présent mes notes. Quels que soient les cahots de la route, ces notes, que je relis aujourd’hui, noirciront toutes les pages à tourner.

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