UN PETIT PAS POUR L’HOMME…

Ceux qui me connaissent bien savent que je me suis amusé comme un petit fou. J’étais très puérilement excité à l’idée de franchir une nouvelle frontière lors d’un voyage où de toute évidence il n’y avait aucun espoir à nourrir sur ce plan, à moins de prendre, muni d’un gros sécateur par exemple, le risque inconsidéré de ménager une ouverture dans le fil de fer barbelé de la frontière algérienne à Saïdia. Alors où ? On voit très bien le Maroc: l’Algérie d’un côté (mais ça ne passe plus depuis longtemps); la Mauritanie au sud (ils ne sont tout de même pas allés jusque là); l’Espagne alors ? La belle affaire ! Oui mais bon… Sur une carte, avec de bonnes lunettes, un peu de nez dirais-je, le passe-muraille trouvera un de ces lieux romanesques à souhait, fruit de l’inépuisable stratégie des hommes, propre à enflammer l’imagination du rêveur, voire des Tartares. Viens Catherine, je t’emmène aussi en Espagne ! Oui, par la plus petite porte qui soit, une porte à ta taille, si j’ose dire, de l’autre côté d’une vieille ficèle de pêcheur négligemment posée sur le sable. « Nous ferons d’une pierre deux coups ! »

Il a suffi de le dire. Nous avons traversé les montagnes du Rif, les forêts de cèdres dans la brume, nous sommes face à la mer bleue, au ciel bleu, face à la citadelle blanche, le mystère silencieux du Peñón De Vélez de la Gomera. Mais très vite Madame me lâche, ce n’est pas une enfant, elle,  et elle n’est pas collectionneuse de records. Je poursuis donc seul, passant devant une guérite (un douanier marocain armé d’une grosse mitraillette), des sacs de sable, un banc de sable, trois mangeurs de sardines (délicieuses)… Un autre guérite est placée là, vide, touchant la corde bleue, sur le plat d’un isthme minuscule où se croisent quelques mouettes dont j’hésite à déterminer avec exactitude la nationalité.  Bientôt, comme en enfance, comme au ralenti, me voici enjambant la corde (vague souvenir d’un jeu : le saut à l’élastique ? Vagues souvenirs d’Herzog et Lachenal,  d’Hillary et Tenzing, de la première marche sur la Lune, le petit pas pour l’homme, etc.), et me voici maintenant les deux pieds en Espagne, ici, en Afrique, comme dans ces films où le prisonnier évadé atteint la Suisse après avoir traversé les forêts de Bavière, sauvé, prêt à adresser des bras d’honneur à ceux d’en face et d’où il vient. Oui mais bon (deux fois), moi j’ai la mitraillette là-haut, et surtout j’ai Catherine, je ne peux pas la laisser tomber sur un autre continent (qui plonge tout de même jusqu’à l’Afrique du Sud, ne l’oublions pas), je dois la retrouver, la conduire à Oujda ! Avec ce sens du devoir qui fait l’honneur des hommes, des vrais, repassons donc de l’Europe à l’Afrique, en un pas.

La côte méditerranéenne du Maroc présente plusieurs exemples de curiosités géo stratégiques du type du Peñón. On connaît les enclaves de Ceuta et Melilla, mais il faut aussi compter plusieurs secteurs d’îles minuscules généralement bien fortifiées et mystérieusement occupées par d’obscurs Espagnols, il s’en trouve.

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