MIGRAAANTS

 

 

 

Ils se sont répartis sur les larges degrés du hall, lieu de croisement et de mélanges résonnant de plusieurs langues. D’une journée commencée au milieu de la nuit, il leur fallait dominer les fatigues et bientôt se lever, s’emparer de l’espace désormais vide et relever le défi pour lequel ils étaient venus : jouer. À Athènes comme à Marseille, les mêmes questions s’étaient posées : comment représenter la souffrance, la dérive de pauvres barques sur la Méditerranée, l’ignoble trafic des passeurs, nouveaux négriers ? Qu’est-ce que passer une frontière, être rejeté sur une plage qui ne vous veut pas ? Comment parler d’un enfant qui « est froid » plutôt qu’il n’a froid ?

Pendant quatre jours, le lycée franco-hellénique Eugène Delacroix d’Athènes a été ce théâtre de l’invisible et de l’indicible, jeunes comédiens athéniens et marseillais main dans la main pour échanger sur leurs pratiques, nouer un dialogue européen autour de la tragique réalité de la migration, répondre à la question de sa représentation. De cette réalité le texte de Visniec, Migraaants, montre de multiples facettes. Nous l’avons joué, avec nos moyens, notre imagination et notre sensibilité. Entendus aussi Fabien Perrier (journaliste), Nikos Pilos (photo reporter) ou Julien Makalu (ancien enfant migrant aujourd’hui étudiant à Athènes). Et de comprendre peu à peu ce qui se joue entre le champ de ruines, le désert, la mer et nos rivages : vertigineusement, l’honneur de l’humanité. Derrière les flux, derrière les chiffres et leurs analyses, comme en surimpression des enjeux géopolitiques, se profilent en effet autant d’histoires unes et différentes, des regards singuliers, les corps et les esprits souffrants de ceux qui un jour ont fui la pauvreté et la guerre pour faire « le grand voyage ».

Qu’on nous pardonne la représentation de leurs visages.

« Pardonnez, vous tous braves gens,

Au pied plat d’esprit peu inspiré qui a osé

Sur cet échafaudage indigne faire advenir

Si glorieux objet. (…)

Compensez nos imperfections par vos pensées :

En mille parties divisez un seul homme

Et créez des armées imaginaires*»

Comme nous le dit Shakespeare, n’oublions pas que le théâtre donne à voir le vrai avec du faux.

* Henry V, prologue.

 

 

 

2 réflexions sur “MIGRAAANTS

  1. Merci Alain.

    Chère Marguerite, cher Charles,

    Lorsque je me trouve -superbe-, en maillot de bain, au bord de la Méditerranée, j’ai à travers les siècles et jusqu’à ce mois-ci -en prévoyant le prochain-, toujours un moment de recueillement qui me fait perdre toute ma superbe. Je vais alors cacher mon déganguindé dans l’amer salé(e) de toutes les mémoires et ma nage, invariablement, s’étonne d’éprouver plus de plaisir que de honte, plus de revigoration que de dissolvant.
    Humain, chère Marguerite et cher Charles, trop humain.

    Dans l’avalanche des hommages diffusés lors de ta disparition, Charles, j’ai été triste de constater qu’aucun média n’avait diffusé Aznavourian.

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  2. Pingback: MIGRAAANTS | BASTIDE EN LETTRES

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