ZIGUINCHOR

 

La route se poursuit donc. Je retrouvai le continent en posant les pieds sur le tarmac du nouvel aéroport de Dakar, Blaise Diagne. Quand je dis Dakar, il me faut préciser que la capitale est assez loin au nord et qu’en cas d’une très courte nuit de transit, comme ce le fut pour moi cet été, obligation est faite au voyageur de trouver à se loger sur la « petite côte » plutôt qu’à Dakar même. J’optai donc pour Toubab Dialaw où j’avais séjourné en 2005, avant de repartir rapidement le lendemain très tôt, direction Ziguinchor.

Au moment où j’écris ces lignes, je ne sais pas exactement où me mènera mon nouvel article. Peut-être en 2005, justement, où pour la première fois nous avions tenté sans succès de rejoindre la Casamance. À l’époque, l’aéroport de Dakar se situait en ville, s’appelait Léopold-Sédar Senghor, et nous y étions restés en rade :

« L’avion pour Ziguinchor s’était perdu. Je forçais des portes, jouais les experts de la combine africaine. Tu parles ! Fatiguée, plus d’envie… Je vois ton regard sombre dans le réfectoire. Pas ça, je n’avais pas prévu ça, tu ne m’avais pas prévenue, leur plateau repas je ne peux pas l’avaler, ces types me dégoûtent, ce gros suant qui gueule : à Bissau ! J’ai un rendez-vous à Bissau ! Je veux rentrer, rentrons. Avant même l’aéroport, l’avion en rade, tout ce folklore : nous entrions déjà dans la fin de l’histoire.

Ils remontaient la plage, lui toujours un pas derrière elle, écrasant la gélatine échouée des poissons-lunes. Le type ne parlait pas, c’est elle qui menait. À l’hôtel, il y avait aussi la liseuse plongée dans de la littérature sérieuse, un gros pavé posé sur sa tête. Nous riions d’elle, de cette solitude-là. »

C’est loin ; et Air Sénégal me paraît plus fiable aujourd’hui.

À l’approche de Ziguinchor, l’avion traverse la couche de nuages. Je découvre un paysage verdoyant qui contraste avec la sécheresse du Cap-Vert. Le fleuve Casamance avec ses ramifications serpentines imite ce que j’imagine l’Amazonie. Je passerais plusieurs jours ici. La ville de Ziguinchor est de celles qui tiennent du carrefour : immanquable, ouverte,  populeuse, étouffante, sale, mélangée, sympathique, commerçante, boueuse, embouteillée, administrative, joyeuse, je ne vais pas m’embêter à donner un ordre logique à ses adjectifs, le lecteur est prié de trier, s’il peut, s’il veut, merci. Plutôt, de mon côté, quelques flashs anecdotiques (spécialité de la maison) : une troupe de scouts que je croise en allant vers le port fluvial, puis que je retrouve à chaque coin de rue, infatigables ces jeunes ; le bakchich (évidemment) pour faire quelques photos au port susmentionné ; la déplaisante engueulade avec un type qui me reproche d’approcher du mémorial de la catastrophe du Joola ; juste à côté, l’arbre à prière, un baobab ; l’hôtel Flamboyant et son accueil exceptionnel ; le bordel de la gare routière ; l’orage qui menace mais ne crève pas ; la fouinerie, un soir, du côté des pêcheurs, avec la confirmation que j’aime bien photographier les zones de chantier, de lisière, les terrains vagues et louches ; la nuit, enfin, qui absorbe lentement ma bouteille de bière, avec le clapotement du fleuve, indifférent à tout ce qui est humain mais à l’évidence bien décidé à rejoindre un jour l’océan.

 

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