LES RECETTES DE FRÈRE XAVIER

INDE 2016-18

Frère Xaxier, Tamoul aux allures de Robinson Crusoé, n’est probablement pas en odeur de sainteté. Je veux dire par là, d’après ce que j’ai pu entendre et voir, que cet ancien étudiant du College of social work Nirmala Niketan ne correspond pas exactement à l’image qu’on doit se faire d’un salésien. Pieds nus depuis toujours, vaguement baba cool, vaguement gourou (je parle de l’allure), le garçon tient les rênes du l’Institution Don Bosco Yuva Sanstha de Karjat (Sud-Est de Mumbai, à la campagne). En ce mercredi des Cendres, nous lui rendons visite avant de voir repartir en France notre bon directeur, Michel Lopez, plutôt allure de blues man blanc quant à lui.

On vient de loin et par le biais du bouche à oreille pour intégrer cet institut. Dans un pays où 50 à 60% de la jeunesse ne vont pas au delà de la 3ème, où certains villages n’ont aucune école, où les familles trop nombreuses et trop pauvres voient les parents mettre très vite leurs enfants au travail, Yuva Sanstha est une solution possible, une chance. Réservé à des garçons en échec et/ou très pauvres (tradition de Don Bosco), cet internat, soutenu par l’Institut salésien de Trente en Italie, a formé 1850 jeunes depuis sa création voici quelques années. 94% d’entre eux ont trouvé du travail sur l’ensemble de l’état du Maharashtra, sans payer de frais de scolarité, mais au prix d’une formation accélérée (trois mois) en climatisation, ferronnerie, électricité et mécanique. Une participation aux tâches d’entretien et de service permet le maintien en bon état des locaux et complète la formation, y compris en vaisselle. You work, I teach, tel est le deal qui semble largement respecté. Trois frères et trois enseignants travaillent en effet sur place, le fonctionnement général étant en grande partie géré par les étudiants eux-mêmes selon un système démocratique de répartition des responsabilités et des tâches. À voir les bonnes conditions de travail et l’état excellent des locaux, on peut se demander comment est financée la structure. Plusieurs solutions : réduction des dépenses inutiles, pas de salariés en dehors des enseignants, production et vente à partir des ateliers de fabrication, productions potagères, écotourisme (oui, oui) et dons. Avant ou après la messe (je ne sais plus), nous assistons à une sorte de conférence de Xavier sur l’écologie (théorie) puis visitons le jardin (pratique). La question, justement, est de savoir comment faire de l’écologie et du développement durable sans grands discours ? La Terre, qu’on s’en persuade, est la Big Mother. Dieu a tout donné aux hommes et il leur revient de prendre soin de ce qui est entre leurs mains. Entrer en contact avec la terre nourricière (les pieds nus), c’est la comprendre, la chérir et, en même temps, régénérer ses propres forces. Ce n’est pas le Serment sur la Montagne (Évangile lu par Pascale lors de la para liturgie avec imposition des cendres), mais il y a dans ce discours quelque chose d’habité. Le jardin, lui, est un enchantement. Frère Xavier, avec passion, nous montre les prodiges de l’irrigation inventive (drip and lateral irrigation). Puis, l’enchantement continue lorsque nous apprenons comment fabriquer de l’engrais naturel liquide à partir des détritus dont nous parlions hier. Ramassez un bon paquet de saletés dans la rue (vous trouverez, c’est garanti) ; ajoutez un litre d’urine de vache et un kilo de bouse fraîche issu du même animal ; mélangez le tout à dix litres d’eau et saupoudrez de 150 grammes de mélasse (sucre). Une fois la mixture couverte et placée à l’ombre, attendez cinq jours et rajoutez 100 litres d’eau. Avec ça, c’est sûr, vous cultiverez beau et bio.

Merci Frère Xavier !

PETIT TAXI DANS BOMBAY DÉSERT

J’ai généralement une bonne mémoire des voyages, leurs étapes, leur géographie, mais aujourd’hui c’est le trou noir, je ne me rappelle pas mon arrivée à l’aéroport de Mumbai. Il est vrai, les aéroports se ressemblent tous, et comme l’écrit Michel Houellebecq dans l’excellent Plateforme « l’ensemble du monde tendr(a) à ressembler à un aéroport. » En revanche je me souviens de mon départ matinal de la mégapole indienne. Mumbai que je préfère toujours appeler Bombay se réveillait à peine. Le petit taxi jaune tant bien que mal avait casé ma valise et il roulait tranquillement le long des artères désertes, comme si la ville lui appartenait.

Mercredi, retour à Bombay pour une quinzaine de jours et cette fois-ci par temps sec. Film, photos et articles en perspective.

BELLE FLANDRE

Voici un album donnant une petite idée des trésors de la Flandre.  Sint-Walburgakerk à Veurnes, Sint-Niklaaskerk à Diksmuide, Cathédrale Saint Jean à Gand où l’on peut admirer (et non photographier) le retable de l’Adoration de l’Agneau mystique des frères Van Eyck. Dans une chapelle, un grande scène du peintre Frans Porbus (1569-1570), figure tutélaire du Chef-d’oeuvre inconnu de Balzac. De Dunkerque (je repense aux explications étymologiques de mon père indiquant que Dunkerque signifie « Église des dunes »), on a vite fait de plonger dans cette Belgique riche, organisée, dynamique, et fort belle. Ces adjectifs élogieux sont souvent employés par les Français, de l’autre côté  de la frontière. Pour eux, une façon de dire que la France, c’est tout le contraire.

Prochainement, un dernier article sur Gand.

LA MER ET LES MIROIRS

À deux pas de chez Robert, à Leffrinckoucke, la mer.

De la chambre de Philippe qui donne au Nord, je vois les dunes séparant la maison de la digue. Cette année, après une tentative au papier peint, un collectif d’artistes a recouvert le premier blockhaus d’une mosaïque de verre. Curieux art du camouflage qui fait se demander où est l’illusion : dans l’oeuvre d’art ou dans la réalité ? « Une victoire », est-il indiqué, « des forces de l’imagination sur celles de la destruction ». Il est vrai qu’en admirant ce sublime paysage, en photographiant le bain du jour de l’An, en levant le nez en direction des façades bourgeoises de Malo, on a du mal à imaginer que s’est joué là une des plus grandes batailles du XXe siècle. L’opération Dynamo avait vu échouer sur cette plage une armée entière, évacuée (avant les civils) vers l’Angleterre. C’était en juin 40 et mon père, jeune homme à la tête brûlée, a vu tout ce chaos, a ramassé dans les fossés une vieille sacoche, un couteau, de menus objets abandonnés là, dans la débandade.

Il avait dix-sept ans.

VALLIS BONNA

C’est le temps de Noël à Valbonne, celui du vin chaud, des tapis rouges, de la place qui s’anime et de cette voix insupportable qui, toute la journée, commente les attractions au micro. Depuis dix ans bientôt nous nous y sommes attachés.

Un moment particulier, très ambivalent, un peu mélancolique il faut bien le dire (je parle de mon point de vue), survient toujours le 24 au soir lorsque tous les stands ont plié bagages, lorsque tous les badauds sont partis et les villageois sont rentrés chez eux pour déguster le repas de Noël.

Je regarde la place vide. Et c’est une sensation étrange.

Après les photos, petite vidéo souvenir de notre regretté ami Richard Slak. Marine, Pauline et Manon me comprendront; c’était un peu l’âme de Valbonne.

 

À BONNE ÉCOLE

Marseille est réputée pour cacher, derrière ses façades, des havres de paix insoupçonnés: jardins, dépendances, cours, petites et grandes. Au 50 rue de Lodi, à l’arrière du bâtiment moderne, c’est peu avant la dernière semaine scolaire de l’année que les feuilles s’accrochent encore aux arbres. Passé le 15 décembre (ou peut-être le 16), le mistral fait son oeuvre et nous entrons dans l’hiver. Pourtant il y a dans cette cour, dans cette école, la chaleur qui fait du bien à nos vies. Il fait bon y travailler. C’est un lieu encore protégé où la poésie, la mémoire, le savoir, les questions, la parole, le sens, le respect, la tolérance ont leur place. Une école, quoi ! Une bonne école ! Et, par les temps qui courent, quelque chose de réconfortant…

Bonnes vacances à tous !

Alain

 

 

PORTRAITS DE L’ARTISTE AU SOLEIL

Un article un peu particulier aujourd’hui : pas de grand voyage, pas de kilomètres ou presque, seulement trente ans d’amitié. L’artiste qui lui donne son titre, c’est François. L’Ami. Le Compagnon. L’amoureux de Vaux le Vicomte a décidé de revenir vers ses rives natales; nous nous verrons plus souvent et, qui sait, parviendrons-nous à organiser un voyage, moi qui ne tient pas en place, lui que je revois encore dans sa chaise longue, à Cordon, alors que les cimes l’attendaient. Des cimes, nous en avons gravies ensemble, même des basses. Des aventures, nous en avons connues. Qu’il ait eu le besoin vital de retrouver la lumière du Sud est pour moi une bonne nouvelle. Je lui souhaite la bienvenue chez lui !

PS à François : François, je m’aperçois que je n’ai pas de rubrique SUISSE. Je rangerai donc l’article qui t’est consacré dans celle de la FRANCE. Tu devrais t’y retrouver.

PROMENADES LIGURES

L’album du jour, ce sont les promenades voisines, de l’autre côté de la frontière. La Ligurie touche Menton; les villages et les quartiers historiques se ressemblent. Pourtant, il suffit d’emprunter l’autoroute pour constater que les campagnes, elles, n’ont pas le même aspect. Sans doute ne les a-t-on pas travaillées de la même façon. Ici donc quelques vues de San Remo, Vintimille, Apricale, Imperia, Bussana Vecchia… Promenades au fil du temps, depuis au moins dix ans. Bonne visite !