RADAR

« Quand on voyage beaucoup, et qu’on aime se promener au hasard, ou même se perdre, on se retrouve dans des endroits plus qu’étranges ! Je suis attiré par les lieux. C’est presque une addiction. D’autres sont dépendants de la drogue, du football, de l’argent, des voitures, du succès ou de je ne sais quoi encore… Moi, j’aime les lieux. Je m’y attache tellement qu’il m’arrive d’être nostalgique d’une douzaine de sites à la fois. Pourquoi ? D’abord parce que je suis intrigué. Quand je regarde une carte, le nom des montagnes, des villages, des fleuves… m’excitent. Si je ne suis jamais allé quelque part, un mot suffit à éveiller mon envie. C’est pareil en ville : le nom d’un quartier, d’une place, d’une rue, d’un bâtiment suscite mon désir ardent de m’y rendre. Bien sûr, je n’aime pas toujours ce que je découvre. Mais souvent, cela me plaît. Ma longue expérience m’a appris que l’on trouve en général exactement ce l’on veut. Mon genre d’endroit, c’est là où tout le monde m’assure qu’il n’y a rien. Ce doit être mon radar intérieur qui me dirige vers les espaces étrangement calmes ou calmement étranges. Je suis là et j’ai du mal à croire à ce qu’il y a sous mes yeux… C’est ma sensation préférée. » Wim Wenders

Départ lundi.

FEMMES 1

« La civilisation occidentale a trop de testostérone et pas assez de folliculine. Les qualités d’amour et de tendresse, les vertus de filles-soeurs-épouses-amantes doivent imprégner le genre masculin sans pour autant le dissoudre. Oui, la femme reste bien l’avenir de l’homme… » Edgar Morin, La voie pour l’avenir de l’humanité, 2011.

GAC ET NOTRE CINÉMA

Sur la photographie qui ouvre ce nouvel album thématique, nous découvrons Jacques Bianchi et Patrick Palméro, mes deux compères de jeunesse, à Bobo Dioulasso (Haute Volta), devant un cinéma de quartier. Nous sommes en 1979. Je me souviens précisément que nous avions assisté à la séance d’un film politique de Costa Gavras, État de siège, avec Yves Montand en vedette. Le cinéma était en plein air, relativement bien rempli, et c’était assez curieux de se retrouver en Afrique pour voir un film consacré à la dictature en Uruguay. Sur la photographie, les affiches annoncent d’autres genres de film : vous souvenez-vous de L’Argent de poche de François Truffaut ? Et ce Retour des morts vivants, quelle version allait bien pouvoir effrayer le public en principe rigolard des contrées africaines ? Enfin on peut s’interroger sur le troisième film dont l’affiche est hors champ. De quel Enrico s’agit-il : Macias ou Robert ?! Je suis perplexe.

Le cinéma, avec Gac surtout (nous appelons Jacques ainsi depuis que ma fille Marine, toute petite, a décidé de raccourcir son prénom), avec Gac donc, le cinéma est une vieille histoire. En 1975, nous tournons notre premier « chef d’œuvre », Le chien, puis beaucoup d’autres films « à scénario », ainsi que des films de voyage. Aujourd’hui encore, à Paris, nous passons nos meilleurs moments dans le sous-sol de la maison, une véritable caverne d’Ali Baba où s’entassent les séries Z, les de Funès, les films catastrophes… Gac est plutôt resté fidèle aux années 70, il faut bien le dire, une époque où nous découvrions le cinéma en privilégiés depuis la cabine de projection, celle de l’Eden de Menton qui appartenait à son grand-père, l’élégant et roublard Jean Bianchi.

Ces dernières années, j’ai pris l’habitude en voyage de photographier les cinémas. Les clichés qui suivent ont été pris en Inde, en Australie, à Milan, Tanger, Marseille ou ailleurs. Je le fais pour Gac, de la même façon que je photographie aussi pour lui les rails et les gares, une autre de ses passions. De quoi fournir la matière d’un nouvel album thématique !

Car oui, pour moi, rails ou cinéma portent aussi un autre nom. Le beau nom d’amitié.