BARLES ET LA MÉMOIRE

Mon très éminent cousin germain, Serge Davin, a entrepris depuis quelques semaines la rédaction de ses Chroniques barlatanes. À la manière de Montaigne, il les voue « à la commodité particulière de (s)es parents et amis », et je profite de ce petit bulletin pour le remercier d’offrir à la famille ces récits pittoresques, pleins de saveur ; sur nos visages ils font naître les sourires ou les rires quand ce n’est pas la larme, parfois.

Nous sommes des sentimentaux. Et cette identité familiale, très forte en dépit de nos différences, c’est dans le terreau de Barles qu’elle s’est épanouie, dans sa lumière. Pour un photographe, ce pays est un bonheur. Chaque vallon, chaque ravine, pierres et bois, eau du Bès, tout y prend quand l’ombre le dispute au soleil. Les Cloches, le Pic de l’Aigle, la barricade, le « haut » et le « bas » du village, tous ces lieux constituent la géographie de notre mémoire, de nos mythes quelquefois. Une tradition veut par exemple que les « vainqueurs » du Pic de l’Aigle gueulent à pleins poumons en direction du village, quatre cents petits mètres plus bas. Ceux qui prennent l’apéro chez France font de grands gestes en retour ; c’est toujours la même cérémonie. L’été, la barricade s’anime, on protège même les plantations du chevreuil ou de la biche. Quand, par exception, on quitte Barles pour Esparron, une autre tradition est de nettoyer la tombe du grand-père Leydet. Les pivoines repoussent, mais rares sont ceux qui les ont vues en fleurs. La maison, elle, a été vendue et modifiée. Aujourd’hui des Marseillais la retapent patiemment à grand renfort de matériaux Leroy-Merlin, Bricorama, Castorama et autre Bricomarché, bref, de la brique et du câble contemporains ! Pourtant, si le temps passe et transforme, si, comme la cabine téléphonique, certaines choses disparaissent, une sorte de permanence est garantie. Ce pays, c’est le nôtre. Et il nous réunit.