BOHOL AGAINST GMO

Si Manille effraie, Tagbilaran enchante. J’y suis arrivé tôt ce matin, sur l’île de Bohol, au Sud des Philippines. Au Veranda Beach Resort, piscine, déjeuner, sieste, puis marche sur le bord de la route traversant la cocoteraie. Un motocycliste ne tarde pas à me « camballer » (cela doit faire quarante ans que je n’ai plus employé ce verbe en usage à Menton) et me voici bientôt en ville. Ma chance, en cette saison de mousson, est de jouir d’un temps parfait ; je ne m’y attendais pas : soleil, chaleur supportable, lumière parfumée dans les frangipaniers. Ici l’impression d’Asie se nuance d’influences variées : ferveur catholique, accents chantants, souvenirs hispaniques et américains, éducation à l’anglaise… La Boho Island State University est en réalité un immense collège mixte où les élèves, en uniforme, semblent heureux et libres. Fidèle à mes habitudes, j’ai un peu fouiné. Sourires pleins les dents, guitares, travaux manuels, drôles de bestioles dans le formol, brochette de beignet une fois qu’on est sorti. Le flot des jeunes gens se répand alors dans la rue, se faufilant par bandes entre le caniveau, le trottoir défoncé et la route. Le long du mur de l’établissement, je découvre une fresque remarquable financée par un programme australo-philippin pour le développement et l’agriculture. L’île de Bohol semble avoir déclaré la guerre aux GMO (organismes génétiquement modifiés) et certaines scènes épouvantables feraient presque penser à Jérôme Bosch.
PS : achevé de lire ce matin, à l’aéroport, Un été avec Baudelaire d’Antoine Compagnon. Baudelaire ne jurait que par Paris et son voyage forcé aux îles a tourné court. Ici, aux Philippines, quelque chose dans l’air rappelle « parfum exotique ». L’illusion est parfaite : nous sommes dans l’Idéal.