ILS

J’en ai parlé précédemment dans un article consacré à Iliès (), ILS a été tourné en 2008. L’amour (romantique) est-il une illusion ? Comment sortir de ce chaos ? Huit hommes d’origine et d’âge différents se livrent. Quant à ma réponse de réalisateur, réalisateur, elle est à découvrir dans le contre point visuel qu’offre ma propre histoire.

On essaiera de supporter la mauvaise qualité du son en commençant par écouter la voix intime de François.

Tout ceux qui le connaissent disent affectueusement de Christian que c’est un incorrigible bavard. Déjà présent dans le premier extrait, le voilà maintenant lancé dans un (trop) long développement sur la sensibilité féminine vs les « trucs de mecs ». Cela pourrait très vite nous ennuyer mais tout à coup, à court d’arguments, Christian lâche le principal : « J’adore les femmes, en fait ! » Bien entendu, tout le monde avait deviné depuis longtemps. Et le bavard nous apparaît tout de suite plus proche, avec une parole aussi spontanée que roborative…

Roy Stuart était au montage de son film The lost door quand je l’ai interviewé. Cela m’intéressait d’avoir son point de vue sur « l’amour romantique ». Comme il ne parle pas toujours clairement le français, j’ai ajouté des sous-titres pour cette version publique, alors que le film original n’en comporte pas. Quant aux images qui suivent la séquence avec Roy, elles rejoignent le sonho dont je parlais le 23 septembre. Elles font partie intégrante de ma propre lecture du romantisme.

Au moment du montage de ILS, je cherchais une musique pour l’ouverture du film et je suis tombé sur un morceau d’Angelo Badalamenti. Il accompagne les gestes précis et routiniers de Jacques, mon ami, projectionniste non pas en Australie mais à Paris. Puis la même musique revient dans le finale car elle correspond bien à ce que je voulais, quelque chose de symphonique pour ce film à plusieurs voix, avec des motifs qui se croisent, des échos d’une image à l’autre.

Ce sont ici les premières minutes, et Bruno et Jacques situent le problème que pose le film. Les hommes, et aussi bien moi-même, nous avons à vivre la confusion des sentiments. Je ne suis pas sociologue, mais il suffit de regarder autour de soi. Tout se passe comme si les relations amoureuses devenaient de plus en plus tumultueuses, opaques, quand la vie de nos parents paraissait si simple, si linéaire. « Comment sortir de ce chaos ? », « L’amour est-il une illusion ? »… Le film pose ces questions et la réponse est le film, tel qu’il est, au moment où il a été fabriqué, fragile et provisoire, avec un son très amateur, très mauvais, mais ayant je crois le mérite d’exister.

ILIÈS ou LA PART FÉMININE

Depuis Oran, toute une journée, je suis allé visiter le djebel avec un chauffeur. L’atmosphère était détendue, les paysages magnifiques, et au bout d’un moment le gars s’est mis à parler, à se confier. Il s’appelait Iliès. Il m’a parlé de ses amours, d’une fille qu’il avait aimée et qui l’avait laissé tomber. C’était très émouvant de voir ce type raconter son histoire, me dire : « C’était l’amour de ma vie, l’amour de ma vie… J’ai failli me suicider. », et cela m’a rappelé le film d’Abbas Kiarostami, Le goût de la cerise, auquel je m’étais déjà référé dans un film précédent, Hiver, printemps et suite… Du coup, j’ai demandé à Iliès si je pouvais le filmer. Il avait un beau sourire, le sourire de la jeunesse, et il a accepté.

C’est ce long plan-séquence qui est à l’origine de la réalisation du film ILS en 2006. Au retour du voyage, l’idée m’est venue de filmer des hommes en train de parler des femmes, de leur expérience des femmes. J’ai contacté des amis, je leur ai parlé du projet, et nous avons tourné les interviews. Je leur ai expliqué que je voulais réaliser un film de paroles, autour d’un dispositif tout simple : laisser filer, sans a priori, pour recueillir ce que ces hommes pensaient de l’amour romantique – à supposer que cette expression ait un sens… Ils se sont tous prêtés au jeu de bonne grâce, chacun avec sa personnalité, ses vérités, sa pudeur.

De la masse considérable que représentent les enregistrements, j’ai tiré un film de 52 minutes, ajoutant en contrepoint des images, parfois mystérieuses, qui sont aussi ma façon de répondre, d’alimenter le débat. Il me semble que ce qui ressort le plus de toutes ces séquences, c’est la part de féminité qui existe en ces hommes et qui fait leur richesse. La montrer, cela aussi m’intéressait. Je posterai des extraits de ce film dans la catégorie « DOCUMENTAIRES ».

Pour en revenir à Iliès et à l’Algérie, voici un extrait du film. Ce jour-là nous avons roulé plus de quatorze heures, d’Oran à Tlemcen, puis dans des paysages désolés proches de la frontière du Maroc. C’est là qu’Iliès est  filmé. Encore une fois, ceux qui connaissent Le goût de la cerise de Kiarostami comprendront pourquoi je n’ai pu m’empêcher de penser à ce beau film. Pour ceux qui ne l’auraient pas encore vu, il est disponible en DVD.

Au retour, pour faire plaisir à ma mère, j’ai demandé à Iliès de passer par Sidi Bel Abbés. Mon père, dans sa jeunesse, y avait séjourné quelques temps.

Nous avons traversé la ville de nuit et j’ai appelé ma mère pour lui dire : « Je suis à Sidi Bel Abbés. » Je n’aurais pu lui faire davantage plaisir. Elle m’a demandé comment était la ville, de la lui décrire alors que, très honnêtement, je ne voyais pas grand chose. Pour elle, cette ville était toujours celle que le jeune homme avait traversée plusieurs décennies auparavant. Et c’était un peu comme si elle me demandait de retrouver le fantôme de mon père.