TATA

Avec Tata Lulu s’éteint une génération, celle de mes parents, de mes oncles et tantes dont elle était la dernière survivante. Nous devions aller lui rendre visite en décembre, dans sa maison de retraite. Nous ne l’aurons pas revue. Je pense à cet été 2013 où je l’ai photographiée dans son appartement de Malo-les-Bains. Ce nom, Malo-les-Bains, je le lui associe maintenant, même si je ne suis pas sûr que Lulu ait beaucoup prisé les bains de mer au cours de sa longue vie.

Qu’elle repose en paix auprès de Robert, le frère de mon père. En sa mémoire, Danielle et moi irons tout de même à Dunkerque en décembre. Nous retrouverons ses enfants, petits et petits-petits enfants.

PEOPLE OF MELBOURNE

Quelques portraits pris à la volée… J’ai retrouvé sans peine mes repères dans Melbourne que je visite pour la troisième fois en cinq ans. C’est une ville cosmopolite qui prend merveilleusement la lumière. Hier soir, je m’interrogeais sur la facilité qu’il y a ici à sympathiser avec les gens. Photographier plein cadre une jeune femme, un jogger, un homme-sandwich, un groupe de mamies russes n’est pas difficile. Le contact se fait très naturellement. Or je me demandais si je devais cette facilité à ma propre disponibilité en voyage (comme si, loin de mes bases, le fardeau des inhibitions était provisoirement déposé) ou si l’Australie était ce pays sans trop de peur, unifié par les différences d’un peuple… d’immigrés. Dans les deux cas (et il est probable que les deux explications se complètent), je me disais qu’il y a leçon à tirer.

GESTE

Le film GESTE (2009), visible ici dans sa quasi intégralité, est le fruit d’une collaboration avec la peintre Stéphy Morlat-Lobry qui vit et travaille à Nice. Le projet initial consistait à mettre sur pied une exposition mêlant peinture, vidéo et roman.

Ce projet n’a pu être mené à bien et seules quatre toiles ont été réalisées.  Le film GESTE en est cependant la trace, propre à donner une idée du travail de l’artiste.

ILS

J’en ai parlé précédemment dans un article consacré à Iliès (), ILS a été tourné en 2008. L’amour (romantique) est-il une illusion ? Comment sortir de ce chaos ? Huit hommes d’origine et d’âge différents se livrent. Quant à ma réponse de réalisateur, réalisateur, elle est à découvrir dans le contre point visuel qu’offre ma propre histoire.

On essaiera de supporter la mauvaise qualité du son en commençant par écouter la voix intime de François.

Tout ceux qui le connaissent disent affectueusement de Christian que c’est un incorrigible bavard. Déjà présent dans le premier extrait, le voilà maintenant lancé dans un (trop) long développement sur la sensibilité féminine vs les « trucs de mecs ». Cela pourrait très vite nous ennuyer mais tout à coup, à court d’arguments, Christian lâche le principal : « J’adore les femmes, en fait ! » Bien entendu, tout le monde avait deviné depuis longtemps. Et le bavard nous apparaît tout de suite plus proche, avec une parole aussi spontanée que roborative…

Roy Stuart était au montage de son film The lost door quand je l’ai interviewé. Cela m’intéressait d’avoir son point de vue sur « l’amour romantique ». Comme il ne parle pas toujours clairement le français, j’ai ajouté des sous-titres pour cette version publique, alors que le film original n’en comporte pas. Quant aux images qui suivent la séquence avec Roy, elles rejoignent le sonho dont je parlais le 23 septembre. Elles font partie intégrante de ma propre lecture du romantisme.

Au moment du montage de ILS, je cherchais une musique pour l’ouverture du film et je suis tombé sur un morceau d’Angelo Badalamenti. Il accompagne les gestes précis et routiniers de Jacques, mon ami, projectionniste non pas en Australie mais à Paris. Puis la même musique revient dans le finale car elle correspond bien à ce que je voulais, quelque chose de symphonique pour ce film à plusieurs voix, avec des motifs qui se croisent, des échos d’une image à l’autre.

Ce sont ici les premières minutes, et Bruno et Jacques situent le problème que pose le film. Les hommes, et aussi bien moi-même, nous avons à vivre la confusion des sentiments. Je ne suis pas sociologue, mais il suffit de regarder autour de soi. Tout se passe comme si les relations amoureuses devenaient de plus en plus tumultueuses, opaques, quand la vie de nos parents paraissait si simple, si linéaire. « Comment sortir de ce chaos ? », « L’amour est-il une illusion ? »… Le film pose ces questions et la réponse est le film, tel qu’il est, au moment où il a été fabriqué, fragile et provisoire, avec un son très amateur, très mauvais, mais ayant je crois le mérite d’exister.

ILIÈS ou LA PART FÉMININE

Depuis Oran, toute une journée, je suis allé visiter le djebel avec un chauffeur. L’atmosphère était détendue, les paysages magnifiques, et au bout d’un moment le gars s’est mis à parler, à se confier. Il s’appelait Iliès. Il m’a parlé de ses amours, d’une fille qu’il avait aimée et qui l’avait laissé tomber. C’était très émouvant de voir ce type raconter son histoire, me dire : « C’était l’amour de ma vie, l’amour de ma vie… J’ai failli me suicider. », et cela m’a rappelé le film d’Abbas Kiarostami, Le goût de la cerise, auquel je m’étais déjà référé dans un film précédent, Hiver, printemps et suite… Du coup, j’ai demandé à Iliès si je pouvais le filmer. Il avait un beau sourire, le sourire de la jeunesse, et il a accepté.

C’est ce long plan-séquence qui est à l’origine de la réalisation du film ILS en 2006. Au retour du voyage, l’idée m’est venue de filmer des hommes en train de parler des femmes, de leur expérience des femmes. J’ai contacté des amis, je leur ai parlé du projet, et nous avons tourné les interviews. Je leur ai expliqué que je voulais réaliser un film de paroles, autour d’un dispositif tout simple : laisser filer, sans a priori, pour recueillir ce que ces hommes pensaient de l’amour romantique – à supposer que cette expression ait un sens… Ils se sont tous prêtés au jeu de bonne grâce, chacun avec sa personnalité, ses vérités, sa pudeur.

De la masse considérable que représentent les enregistrements, j’ai tiré un film de 52 minutes, ajoutant en contrepoint des images, parfois mystérieuses, qui sont aussi ma façon de répondre, d’alimenter le débat. Il me semble que ce qui ressort le plus de toutes ces séquences, c’est la part de féminité qui existe en ces hommes et qui fait leur richesse. La montrer, cela aussi m’intéressait. Je posterai des extraits de ce film dans la catégorie « DOCUMENTAIRES ».

Pour en revenir à Iliès et à l’Algérie, voici un extrait du film. Ce jour-là nous avons roulé plus de quatorze heures, d’Oran à Tlemcen, puis dans des paysages désolés proches de la frontière du Maroc. C’est là qu’Iliès est  filmé. Encore une fois, ceux qui connaissent Le goût de la cerise de Kiarostami comprendront pourquoi je n’ai pu m’empêcher de penser à ce beau film. Pour ceux qui ne l’auraient pas encore vu, il est disponible en DVD.

Au retour, pour faire plaisir à ma mère, j’ai demandé à Iliès de passer par Sidi Bel Abbés. Mon père, dans sa jeunesse, y avait séjourné quelques temps.

Nous avons traversé la ville de nuit et j’ai appelé ma mère pour lui dire : « Je suis à Sidi Bel Abbés. » Je n’aurais pu lui faire davantage plaisir. Elle m’a demandé comment était la ville, de la lui décrire alors que, très honnêtement, je ne voyais pas grand chose. Pour elle, cette ville était toujours celle que le jeune homme avait traversée plusieurs décennies auparavant. Et c’était un peu comme si elle me demandait de retrouver le fantôme de mon père.

ANTONIA

Antonia était l’aînée et donc la plus profonde des trois mémoires, celle du père notamment que ses soeurs n’ont guère eu le temps de connaître. « Exilée » dans le Tarn, elle a vécu quarante ans dans une maison qu’entourait le jardin, avant d’intégrer une maison de retraite du village. Il y avait chez elle quelque chose d’une autorité incarnée. Nous la voyons ici dans sa cuisine, un matin. Puis, dans le deuxième extrait, un après-midi, avec Raymonde. À la fin de leurs vies, les trois soeurs n’avaient plus les moyens, la force de voyager pour se retrouver. Le tournage du film aura été au moins l’occasion pour Raymonde et Antonia de se revoir une dernière fois.

Antonia, l’aînée, est partie la dernière, en janvier 2015. Chacun à sa façon se dira aujourd’hui que les trois soeurs sont désormais réunies.