MATIN DE TOMPÉNA

De tous mes souvenirs d’Afrique, c’est l’un des meilleurs. La veille, nous avions retrouvé Lazare sur le bord de la route et je le revois encore enfourcher sa mobylette pour conduire le groupe jusqu’aux ruines de Loropéni. Nous les avons visitées à cette heure que j’aime tant, au moment où ça vire en quelques minutes vers la non couleur, au son inquiétant du moustique vorace. Il faisait tout à fait nuit lorsque nous sommes arrivés à l’hôtel et j’ai cru que Valentine allait faire un malaise. Son père s’en inquiétait ; le remue-ménage était général au moment de se partager les moustiquaires, les lampes torches, les bouteilles d’eau. Puis, j’ai salué le groupe pour suivre Lazare jusqu’à Tompéna où le lendemain était prévu de tourner le film très tôt, avant que le soleil n’écrase tout. Il m’a montré la chambre, nous nous sommes dit bonne nuit et au moment de me dépoussiérer à l’aide du seau qu’on avait préparé ma lampe est tombée en panne. Dans le noir, j’ai cherché en vain mon briquet puis j’ai fini par me servir de l’écran de mon téléphone portable. La douche serait donc rudimentaire.

La photo d’aujourd’hui a été prise au tout petit matin, après une nuit de sommeil lourd. Je me suis levé dans l’obscurité et suis sorti devant la baraque, en faisant une vingtaine de pas en direction des arbres. La Lune brillait encore un peu et j’ai attendu le moment du jour naissant, le début du monde. Au silence de la nuit succédaient maintenant une vague rumeur, les premiers craquements. Derrière moi, le faisceau de la lampe de Lazare dansait encore sur les murs et très vite nous sommes partis tous les deux vers les étables et les maraîchages. Le ciel changeait au-dessus de nous, les jeunes fermiers s’activaient déjà et j’ai pu commencer le tournage. Il devait être six heures du matin et ce n’est que vers neuf heures que nous sommes revenus là où nous avions dormi, pour prendre le petit-déjeuner. Je me souviens du café, de la confiture, du pain sans mie. J’ai continué de filmer celui qui m’avait reçu. Et puis je l’ai remercié.

On trouvera maintenant ici le début du film. Son but, au moment du tournage, était de rendre compte d’une entreprise exemplaire de formation, pour le  développement d’une agriculture durable dans une région exposée aux risques de l’appauvrissement des sols et de l’immigration des populations locales.