LE CIEL ET AUTRES CONSIDÉRATIONS

Le savaient-ils où ils iraient ? Cela commençait par cette interrogation puis se poursuivait par une belle page, poétique, sans doute légèrement maniérée mais sincère (trop ?) où se transfigurait – sous l’influence probable quoiqu’inconsciente de Saint-Exupéry – le souvenir très marquant de mon arrivée à Accra, en septembre 1983, à l’heure où la lumière décline sous l’avion, contraste, et donne au voyageur l’impression que toute l’Afrique est rouge puis, bientôt, plus que rouge, je ne saurais nommer la couleur, avec les fanaux qui s’allument un à un en bas, cette heure où l’on s’inquiète de ne pas savoir où l’on mettra les pieds, où on se dit qu’il n’y a pas l’air d’y avoir de goudron par exemple et où, pour ce qui est de l’aéroport d’Accra en 1983, on est pris d’un certain malaise en apercevant un autre avion garé en bout de piste, avec son cockpit arraché, un avion ouvert comme une boîte de conserve et qui plus tard fournira une bonne petite notation romanesque, du genre de celles qui ne s’inventent pas.

Tout cela pour dire que j’avais envie de prendre l’air aujourd’hui et que le seul moyen que j’ai trouvé, occupé que j’étais à rendre accessible un peu de littérature (après tout, c’est d’abord mon métier), avait été de rechercher dans mes albums quelques photos de divers cieux, tout aussi bien l’occasion d’inventer un nouveau jeu : « Où suis-je ? », « Que survole-je ? » (difficile à prononcer), « Où est le mythique Golfe de Carpenteria ? », « Et le Mont Blanc ? » (facile !), « Et l’Argentera ? » (par déduction ?), « Et les montagnes désertes de Mauritanie qu’admirait déjà l’auteur du Petit Prince, quand bien même l’œuvre en question porterait le beau titre de Vol de nuit ? »