LE VOLCAN IMAGINÉ

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Pour se rendre à Pico depuis Horta, il faut prendre un ferry de la compagnie Transmaçor. L’île est dominée par un volcan culminant à plus de 2300 mètres : des pentes régulières, de plus en plus raides, jusqu’au sommet pointu. En préparant un séjour aux Açores on ne peut s’empêcher d’imaginer cette forme parfaite, une des plus belles montagnes du monde en vérité (et la plus haute entre Lisbonne et New York) et naturellement rêver de la gravir. La multiplication et la diffusion des images permettent ce type de projection. Cela n’a pas toujours été le cas. Avant de mettre la main dessus (petite dédicace à François), Maurice Herzog ignorait totalement à quoi pouvait ressembler l’Annapurna. Les photos étaient rares et le royaume du Népal encore fermé aux voyageurs étrangers. C’est par hasard aussi que Mallory repéra le Col Sud de l’Everest, resté mystérieux jusqu’au début des années 50 et devenu aujourd’hui « la décharge d’ordures la plus haute de la planète ». Pour en revenir au Pico (c’est le volcan qui donne son nom à l’île), j’ai beau avoir phantasmé sur les innombrables images qu’on trouve via Internet, je continuerai de l’imaginer longtemps. Une brume épaisse stagne à 500 mètres d’altitude et empêche de voir. Dimanche, la forme est apparue un bref moment, puis a disparu… Eh oui, le voyage imaginé n’est pas le voyage réalisé. Les lieux que l’on traverse s’inscrivent dans une réalité sans grand rapport avec ce qu’on avait pu prévoir, de même que l’impression des premiers moments se modifie quelques heures après.

J’ai emménagé dans une maison de pierres noires (basalte) sur la route de Cais de Mourato. Je la pensais en ville, elle est en pleine campagne. Le taxi a dû téléphoner à la propriétaire pour la trouver. Sur la terrasse un hamac invite à la détente et me laisse prévoir un nouveau quart d’heure de vacances. Rien n’est moins sûr cependant. Contre toute attente le beau temps peut revenir et alors à moi l’ascension du Pico !

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