MONSIEUR PAUL HULOT ET L’AFRIQUE

Outre Patrick Breton précédemment cité, j’ai rencontré Paul Verrat en juin 2008 alors que nous nous rendions tous deux en Côte d’Ivoire pour participer à l’organisation du Bac. Nous avons vite sympathisé avant de nous apercevoir que le hasard nous avait fait naître dans la même ville, à quelques années de distance. Il retournait en Afrique pour la première fois depuis bien longtemps ; comme moi, il y avait séjourné dans sa jeunesse, et c’était pour lui l’occasion de retrouver des sensations, des couleurs, un certain passé. Paul était photographe mais n’avait pas pu (ou pas voulu) en faire sa profession. J’ai vu plus tard quelques-unes de ses images : de très beaux noir et blanc, des contrastes étonnants, et toujours le kairos, c’est-à-dire l’instant propice pour déclencher.

Paul 1

Avant qu’il ne parte pour Abidjan, Isabelle, sa femme, lui avait confié un petit appareil numérique afin qu’il ramène quelques clichés de son séjour. Or, au moment de l’utiliser, il paraissait toujours maladroit et ne parvenait pas à cadrer correctement à l’aide de l’écran. Il se plaignait des reflets qui l’empêchaient de voir ce qu’il photographiait exactement. Surtout, il ne supportait pas le laps de temps qui s’écoule entre le moment où l’on appuie sur le déclencheur de l’appareil numérique et celui où s’enregistre l’image, une fraction de seconde qui change tout.  Il me disait : « Quand l’image se fige elle est devenue autre chose, du temps est passé et ce que tu as vu n’est plus, tu l’as perdu. »  Comme il était dégingandé et portait toujours un parapluie et une sacoche, je l’ai chambré pendant toute une semaine en l’appelant « Monsieur Paul Hulot ». Il riait volontiers de ce surnom et nous avons passé de très bons moments ensemble à parler de nos vies.

Paul est décédé le 3 octobre 2009. Cet article et ces trois images sont une façon de le saluer.

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