JOUER AUX QUATRE QUOIN OU L’ÉTAT DU MONDE

Dans ma montée d’escalier, à Valbonne, les cartes me montrent le chemin. Depuis fort longtemps, je les collectionne, je les regarde, je les rêve. Et après les « Carnets », les « Encore un autre jour… », me vient l’idée d’une nouvelle rubrique – CARTES – que j’alimenterai de temps en temps sur ce blog.

Je ne sais plus par quel détour, en rentrant d’un voyage au Canada (qui fera bientôt l’objet de nouveaux carnets), mes yeux se sont posés sur la carte de la Colombie Britannique et y ont repéré une île, Quoin Island, au nord de Vancouver Island. Le nom m’a amusé et je vais décrire ici l’étrange cheminement auquel, profitant de mon idiosyncrasie rêveuse et fouineuse, ce nom d’une orthographe aux allures bancales m’a conduit.

Allons donc (comme toujours !) sur Google Maps. 

Première observation, Quoin Island (50°53’29.1″N 127°51’30.2″W) se situe au nord de Vancouver Island, coincée entre Nigei Island et Hope Island. Pour connaître un peu l’ambiance générale du secteur, je me dis que ce confetti ne doit pas abriter grand monde, peut-être un ours mais pas plus. Il faut donc aller vérifier en agrandissant la carte. Clic clic. Quelle surprise alors de constater que l’île n’est même pas dessinée sur la carte !

Le point la désignant (l’habituelle larme rouge inversée de Google) tombe apparemment à l’eau ! Il faut décidément en avoir le cœur net en switchant sur Google Earth.

Ah ! On la voit, ou plutôt on l’aperçoit, sorte de terre en décomposition, effilochée, douteuse, si insignifiante qu’elle se confondrait presque avec la brume.

À moins qu’il ne s’agisse de la tête d’un Dragon !

Cette île inhabitée recouverte de brumes, glacée sans doute malgré son couvert de sapins, aucune barque ne la rejoint. Elle appartient au domaine sacré des Indiens Tlatlasikwala. Ce peuple, proche des Kwakwaka’wakw étudiés par Claude Levi Strauss, a été décimé par les épidémies après l’arrivée des premiers bateaux et des premiers colons. Ses 65 descendants se tiennent plutôt à Hope Island et à Port Hardy. Cliquez ICI pour découvrir leurs efforts pour survivre et, accessoirement, apprendre qu’ils cohabitent avec les loups. 

Mais nous sommes loin d’en avoir fini. Ouvrez une nouvelle fenêtre dans votre navigateur et tapez simplement QUOIN ISLAND. C’est fait ? Alors ? Direction Australie ? Golfe Persique ? Mer Rouge ? Autant dire qu’un voyage allant d’un Quoin à un autre nous ferait faire le tour du monde…

En Australie, j’en repère quatre. La première des Quoin Island (14°51’42.2″S 129°33’11.2″E) est située dans les Territoires du Nord, à l’embouchure de la Victoria River. C’est une région extrêmement sauvage, infestée de crocodiles. L’île n’est pas documentée, comme beaucoup de zones inhabitées en Australie. La vue aérienne semble indiquer qu’elle est couverte de mangroves. Non loin de là, se trouvent les plus belles peintures aborigènes de l’Australie représentant des divinités hydrocéphales (voir ICI). La preuve selon moi que nous sommes bien ici dans un autre monde.

 

On trouve une autre Quoin Island (23°48’36.4″S 151°17’10.9″E) dans le Queensland australien, cette fois privée et en partie à vendre – je le signale à ceux que cela intéresserait.

Île pour milliardaires qui l’ignorent sans doute : lorsque Cook la découvrit, les Aborigènes de la région y parlaient le bayali. Cette langue est désormais perdue. La politique raciste et eugéniste des gouvernements australiens au XIXe et XXe siècles est passée par là. Déplacements des natifs vers des réserves, interdiction des regroupements, archipélisation des communautés, interdiction de langues, politique de « blanchiment » (de la peau !) par unions arrangées, enlèvements, spoliations, « purification » et remplacement (!) des populations natives par des contingents d’esclaves importés de Nauru ou des Nouvelles Hébrides dans le Pacifique (voir sur le sujet le très beau récit de J.M.G. Le Clézio, Raga)… Comment résister ? La population aborigène, d’après les chiffres de Colin Tatz, est passée en un peu plus d’un siècle de 750 000 individus (estimation haute en 1788) à 31 000 (chiffre de 1911). Il faut espérer au moins que le travail du Central Queensland Language Centre (taper ICI pour le découvrir) aboutira à la reconstitution des langues perdues. Cette vidéo, enregistrée à Byellee-Gladstone, juste en face de Quoin, montre que les descendants des premiers Bayali sont partie prenante dans cette entreprise de restauration. Les voici élevés au rang « d’inventeurs » non de grottes mais de langages jadis interdits, aujourd’hui oubliés.

Remontons maintenant le long de la Grande Barrière de Corail jusqu’à l’extrême pointe nord de l’Australie, ce cap York difficile d’accès que je ne désespère pas d’atteindre un jour en partant de Cooktown. Tout là-haut, à l’horizon du panneau : « You are standing at the northermost point of the australian continent », le Détroit de Torres. Celui-ci sépare l’Australie de la Papouasie-Nouvelle Guinée et voici que s’y cache, parmi les trois cents îles de ces eaux basses, la troisième Quoin Island de l’Australie(10°42’45.3″S 142°22’08.1″E), encore plus petite que les deux premières et nullement adaptée à la vie du milliardaire moyen et peut-être même du crocodile ! 

Ce secteur est un lieu de passage depuis des millénaires. Y vivent encore aujourd’hui environ six mille « insulaires du Détroit de Torres », population d’origine et de culture essentiellement mélanésiennes, plus proches des populations papoues que des populations aborigènes. Un traité entré en application en 1885 tâche de clarifier les limites géographiques, les frontières et leur usage. Un insulaire dûment déclaré, qu’il soit Papou ou Australien, peut passer d’un pays à l’autre sans visa, pour pêcher par exemple. Depuis 2013 cependant, dans le cadre de l’opération « Frontières souveraines » (Operation Sovereign Borders) l’Australie veille au grain : pas question de laisser passer d’éventuels boat-people. Malgré les promesses faites en 2016, elle continue de déporter les migrants qu’elles jugent illégaux dans le centre de détention offshore de l’île de Manus (Nouvelle Guinée), selon un système de sous-traitance que reprend Boris Johnson en proposant d’envoyer « ses » migrants dans un camp au Rwanda. Enfin, sachons que la dernière Quoi Island, parc national destiné notamment à la protection des nidifications des volatiles marins, est désormais interdite aux humains. Il ne manquerait plus qu’on déloge les oiseaux !

Mais poursuivons. Si d’aventure votre préférence ou votre curiosité vous porte plutôt vers les chaleurs persiques et arabiques, rendez-vous alors au large de la péninsule du Musandam, exclave du Sultanat d’Oman donnant sur le Détroit d’Ormuz. J’ai parcouru ses parages en 2015 en compagnie de jeunes Anglais venus comme moi de Dubaï et de sympathiques dauphins. 

Attention cependant, il faut parfois se méfier des cartes. Si l’on suit aveuglément Google Maps, la Quoin Island omanaise est un vulgaire caillou plat, île la plus septentrionale et la plus grande de l’archipel des Salamah ; la porte d’entrée, nous dit aussi Wikipedia, du Golfe Persique, et point au-delà duquel le tarif des assurances augmente compte tenu du caractère hautement stratégique des lieux. M’appuyant sur d’autres sources (ICI), je remets en partie en question cette localisation pour situer la véritable Quoin Island quatre kilomètres plus au sud.  

Voici mes arguments : tout d’abord, « Quoin » ne signifie pas seulement « coin » comme j’ai fait semblant de le croire et comme mes lecteurs non anglophones (j’en connais) le pensent aussi ; « Quoin » signifie « pierre d’angle » et par extension sans doute « rocher d’angle » (de sorte qu’on pourrait parler du Gibraltar Quoin.) Or l’île la plus méridionale des Salamah présente bien cette avancée d’angle s’achevant en falaise, semblable aux chaînages d’angle destinés à la consolidation des bâtiments hauts. Cette île (26° 28′ 40″ N, 56° 32′ 19″ E), portant le nom arabe Jazirat Salamah, ou Dīdāmar, est par ailleurs la seule à posséder des bâtiments et surtout un phare (Tadmur), le plus ancien, paraît-il du Sultanat. Construit en 1914 par les Anglais (ils avaient la main sur mal région), ce phare est bien la vigie qui, en première sentinelle du Détroit d’Ormuz et à quelques encablure de l’Iran, guide les navires quand elle ne les espionne pas. On peut en effet penser qu’à l’entrée du golfe un canon serait bien placé pour pilonner les navires et leur interdire le passage. Ne trouve-t-on pas à Maurice, autre ancienne possession des Anglais (« Ils sont partout… Ils sont partout … »), l’île de Gunner Quoin (19° 56′ 32″ S, 57° 37′ 14″ E), c’est-à-dire « le point de mire » ? Je doute cependant que le paisible Sultanat d’Oman, jadis terre de conflits entre les grandes puissances coloniales, soit aujourd’hui enclin à perturber le trafic commercial qui continue d’aller bon train pour les pétromonarchies du voisinage. 

Mais ne perdons pas de vue notre objectif, passer d’un Quoin à l’autre en sautillant lestement. Prenez un peu d’élan et sautez par-dessus la péninsule arabique. C’est bon ? Pas trop de mal ? C’est que nous avons encore à fouiner non plus dans le Golfe Persique ou l’Océan Indien mais en Mer Rouge, chère à Rimbaud (encore que je n’en suis pas sûr), du moins à Henry de Monfreid. Tout en bas, coincée entre le Yémen à l’est et l’Erythrée à l’ouest, pointons une nouvelle Quoin Island (13°42’47.2″N 42°48’27.7″E). 

Celle-ci, on le voit très bien sur la photo satellite, est volcanique comme l’ensemble de l’archipel Hanish auquel elle appartient. Nous sommes ici, si je puis dire, aux premières loges du conflit qui ravage le Yémen depuis 2015.  L’île est sous le contrôle de l’Arabie Saoudite et des forces loyalistes fidèles au président yéménite Abd Rabbo Mansour Hadi. En face, sur le continent, se situe très exactement la ligne de partage territorial entre les rebelles Houthis soutenus par l’Iran chiite et le camp sunnite téléguidé par Ryad et sa coalition (Égypte, Soudan, Jordanie, Maroc, EAU et autres monarchies pétrolières à l’exception notable du Sultanat d’Oman). Depuis le 2 avril 2022, une trêve de deux mois a été obtenue par l’ONU mais on s’inquiète du risque de marée noire que fait courir, au large d’Hodeidah (sous contrôle Houthi), le pétrolier abandonné FSO Safer : l’équivalent d’un millions de barils de brut menaçant d’engluer les rochers de Quoin Island et de toutes les côtes à l’horizon. Quand ce n’est plus la spoliation, la guerre, l’extermination, c’est la pollution… État du monde passé au tamis de ces bouts de terres océaniques.

SPINIFEX

Alice Springs, dont j’ai parlé hier, est le point de départ pour d’autres visites qu’il serait dommage de manquer. Des circuits désormais classiques permettent de découvrir cette région d’une âpre beauté. 

De la même façon que le géographe britannique George Everest donna son nom à la plus haute cime de la planète (Chomolungma / ཇོ་མོ་གླང་མ  en tibétain), Henry Ayers, charpentier devenu capitaine d’industrie puis ministre, prêta le sien à un étrange monolithe : Ayers Rock, ou plutôt Uluru, île-montagne de grès au milieu du rien piqué de spinifex. La veille vous avez assisté au sunset en descendant des bières ; ce matin, de l’autre côté, vous admirez le sunrise en buvant du café. Vous voici maintenant sur le chemin qui fait le tour de la montagne, frappés par ces chaos de rochers, les sources secrètes, ce pays de serpents. La marche est facile. Gare cependant à ne pas pénétrer dans les secteurs interdits par les Aborigènes Anangu, propriétaires du site ; ces secteurs sont heureusement signalés et comme auréolés d’une nappe invisible de mystère : Uluru, centre exact de l’Australie, nombril secret du monde ? Je reconnais l’image facile et somme toute artificielle. Il faut surtout considérer le lieu pour ce qu’il est vraiment : un rocher sacré, un signifiant, un mythe minéral chargé de sens magiques auxquels, quoi qu’on en pense et dise, nous n’aurons jamais accès.

À quelques kilomètres de là, plus à l’ouest, les monts Olgas paraissent eux aussi bien mystérieux. Ils se profilent à l’horizon, tout en rondeur, du même grès rouge et rugueux que leur voisin encore visible au loin. Nous en parcourons quelques sentiers, engagés dans une gorge étroite où se disputent ombre et lumière tranchante. Plus loin encore, après une demi journée de route, ce sera le majestueux Kings Canyon, à  ne pas manquer. Là aussi les sentiers caillouteux, après avoir longé les falaises qu’on dirait découpées au sabre laser, plongent dans les tréfonds. Vous atteignez le Jardin d’Éden et vous passez un moment silencieux, à peine troublé par le passage de quelques perdrix. 

Enfin, et peut-être l’ai-je gardé pour conclure parce que c’est mon spot préféré, depuis les rues poussiéreuses d’Alice Spring, prenons la direction des Mac Donald Ranges. Dans une carrière d’ocre, repérons les peintures rupestres aborigènes, amusons-nous à tracer sur nos joues quelque signe ; à Standley Chasm, faufilons-nous entre deux parois rocheuses, écoutons nos échos ; remontons aussi la merveilleuse Serpentine Gorge, avec ses éboulis cyclopéens et la confidentialité de son lac, au bout du chemin. Au retour, autour d’un feu, nous partagerons de la viande de kangourou avec de braves campeurs.

De cette matière, on se fabrique des souvenirs inaltérables, puissants, de ceux qui  nourrissent longtemps.

OUTBACK

 En 1862, il avait fallu une dizaine de mois à l’explorateur écossais John Mc Donall Stuart pour relier Adélaïde, tout au sud, à la mer de Timor tout au nord. De nos jours on compte généralement six jours de route pour accomplir le même périple. À Darwin comme à Adélaïde rôde dans certaines rues l’idée du départ, de la grande traversée. On s’y prépare, comme dans les westerns, en faisant réserve d’eau, de pièces de rechange pour le matériel mécanique, d’armes, pour certains. Les pick-up garés à l’ombre des banians sont prêts pour la route. Dans sa partie septentrionale, que j’ai donc parcourue avec Marine en 2009, cette route passe par le spectaculaire Lichfield National Park, Pine Creek, Katherine et le mystérieux Nitmiluk National Park, Daly Waters où le pub fait collection de soutiens gorges, Tennant Creek, minuscule bourgade où on peut boire des bières, manger un hamburger dégoulinant et refaire le plein de gasoil, les rochers de Devils Marbles, enfin, dont la légende veut qu’ils aient été pondus par le Diable ; autant de passages obligés agrémentés tantôt de baignades en eaux cristallines, tantôt de conversations avec routiers – sympas, faut-il le préciser, malgré l’effarante dimension de leurs trucks. Entre chaque point, un immense désert rouge ou ocre d’où surgissent parfois quelques dromadaires sauvages, descendants des dromadaires importés au XIXe siècle par les colons européens. On remarque aussi quelques carcasses de bagnoles et les très nombreux kangourous écrasés, desséchés par le soleil invariable… Ce sera à peu près tout, à quoi s’ajoute une fois atteint Alice Springs – et c’est là peut-être que se justifie un tel voyage – l’impression satisfaisante d’avoir atteint un CENTRE continental, isolé de tout, gagné kilomètre par kilomètre au prix de patience, d’ennui parfois (car la route est monotone) et de volonté de distance. La ville (on peut enfin parler de ville) ressemble à un quartier de maisons basses comme on en voit dans les films californiens de Spielberg. Quelques collines gravies facilement permettent d’en mesurer la dimension modeste. Mon petit film, tourné à la tombée du soir, permet de s’en rendre compte. 

Dans la journée, l’activité se réduit à peu, sans doute entravée par le soleil et la poussière. Pour les amateurs, quelques galeries et autres centres d’information permettent de découvrir une culture aborigène défendue avec ténacité par ses représentants. L’ambiance se modifie avec la nuit qui tombe tôt et vite. Les bars font le plein, ça picole, c’est festif : un mélange un peu rude de saloon et d’auberge pour backpakers, le folklore habituel des soirées australiennes au milieu des déserts.

PÊCHEURS DE PERLES

Encore un autre jour, il fallait tuer le temps dans une petite ville isolée du nord-ouest de l’Australie, Broome, et nous avons visité le cimetière où reposaient paisiblement – c’est du moins l’impression que laissaient les tombes – des pêcheurs de perles japonais et chinois. Le secteur du Cape Leveque et de la péninsule de Dampier, des noms de navigateurs français, est encore aujourd’hui réputé pour ses fermes perlières. À la fin du XIXe siècle et jusque dans les années 30 du XXe des compagnies se spécialisèrent dans l’exploitation de la nacre et on fit venir à Broome quantité de plongeurs originaires d’Asie du Sud Est ou du Japon. Équipés de scaphandres, ils bravaient le danger (crocodiles de mer, requins) pour remonter les coquillages à la surface. Le cimetière compte, dit-on, plus de 900 tombes de ces travailleurs de la mer. Celle de Wong Wyag, mort en 1925, est l’une d’entre elles et, de passage à l’église de Beagle bay, on pourra, pourquoi pas, allumer une bougie en souvenir de lui. Cette église est la plus curieuse qu’il m’ait été donné de voir, entièrement décorée de nacre, une petite splendeur cachée dans un coin du monde oublié.

PORTE DE SERVICE

Comme Darwin tout à fait au nord, Cairns est une porte de service de l’Australie, côté cour, c’est-à-dire à l’est. On déambule plutôt agréablement dans cette ville tropicale moderne et cool mais sans véritable charme. Le sapin de Noël est ici plus artificiel qu’ailleurs, ce qui n’empêche pas de se faire photographier devant. Puisque mes souvenirs sont exacts, je me suis rappelé mes précédents passages en 2009 et 2012. À 20 000 kilomètres de la France nous étions tombés parfaitement au hasard sur Claire (à la sortie d’un web center) et nous avions fêté toute une soirée ces retrouvailles au Travellers Oasis, établissement fameux. C’est dans ce repaire de bavards que j’avais jadis filmé (en caméra cachée) un fâcheux inarrêtable et, une autre fois, scellé  une amitié de voyage avec Gérald Tardivaud, de La Rochelle.

Cela dit, Cairns est surtout le point de départ de plusieurs excursions très recommandables dont on trouvera ci-dessous un bel échantillon : les Tablelands, la côte pacifique et la forêt primaire de Cap Tribulation, tout comme la Daintree River où Terrence Malick tourna La Ligne rouge, un film inoubliable sur l’horreur de la guerre.

Peace and photos !

LE GRAND EMPÊCHEMENT

Le dernier article nous avait laissés sur la plaza Mayor de Madrid, au pied de la statue équestre d’un certain Philippe III. Au retour d’un voyage en Afrique comme je les aime, c’est-à-dire de biais (Cap-Vert, Sénégal, Guinée, Gambie, Maroc), je m’y interrogeais rapidement sur les illusions de l’exotisme, la H&M’isation du monde, et aussi sur ma propre fatigue. C’était en septembre 2019, peu de mois avant le chambardement que l’on sait, le grand empêchement dans lequel le dit monde s’est trouvé et aujourd’hui, en ce début 2022, se trouve encore. 

Empêché, tel fut bien l’état du blog Till the end – Des mondes regardés pendant ces mois traversés entre apathie et inquiétude, vacarme des débats sans fin, repliement frileux et suspicion. Le monde paradoxal, fragile mais ouvert laissé Plaza Major s’est brutalement barricadé, raidi ou racorni, comme on voudra pour l’image. Mondiale, la pandémie a exacerbé la crainte des uns à l’égard des autres. Là où, malgré le décalage des saisons, le virus ne fait aucune différence entre sud et nord, est et ouest, nous avons imaginé lui fermer nos frontières et, tandis que certains parlent de guerre civile, d’autres ou les mêmes prophétisent la guerre de civilisation. L’ennemi est à la fois intérieur et extérieur. « Eux » vs « Nous ». Voyager est tout à la fois empêché, non recommandé et suspect.

Pourtant, si cet article, par sa publication même, signe le recommencement du blog, c’est dans l’esprit conservé malgré tout d’une vision ouverte des mondes – en réalité du Monde – à regarder encore. Avec ce blog, depuis ces débuts, je tente de mettre en évidence – sans trop de naïveté je l’espère – la diversité des usages tout autant que l’universel humain. Sans fermer les yeux sur la laideur, sans nier la rugueuse réalité, je cherche modestement à révéler la beauté poétique du monde. Et si ces mots sont trop grands, disons simplement que se manifestent sur Till The end curiosité et générosité. 

À la faveur de la pause, le blog a été réorganisé et épuré pour gagner en attractivité. Je remercie pour ses conseils ma fille Manon. Pendant les semaines qui vont suivre, je publierai quelques articles sans grands développements et quelques bonnes photos. Espérons que les mondes s’entrouvrent un peu plus chaque jour pour que d’autres articles, d’autres carnets plus étoffés puissent de nouveau trouver ici une place de choix. 

Mais pour commencer et fêter ce retour, un album des cinq continents. Les photos de cette sélection très personnelle ont été prises entre 2019 et 2021, avant et pendant les longues périodes de confinement. La présence et l’activité des hommes, le plus souvent discrètes, se confrontent ici à l’indifférence du paysage naturel ou des villes vides. Il y a dans tout cela quelque chose de fragile, un équilibre précaire à sauvegarder.

Bonne année 2022 à chacune et chacun d’entre vous !