PETIT MOT QUI VOYAGE

Après un mois de route, nous avions retrouvé Oliver à Brisbane. Puis nous avions pris le bac pour Stradbroke Island en compagnie d’écoliers en uniforme. Stradbroke est réputée pour ses baleines et surtout pour le grand requin blanc, le même que celui qu’on voit dans Jaws de Spielberg. Comme l’eau était froide, nous ne nous sommes pas baignés.

C’était une très bonne idée de Marine de venir là finir le voyage. Il n’y avait personne ou presque, et le backpack n’était ouvert que pour nous. Nous avons pris un bus pour nous rendre à la pointe de l’île et regarder une raie manta depuis une falaise dominant la mer. Plus tard, à l’auberge, Oliver nous a préparé un bon plat, nous avons joué au billard, et ils ont dansé la salsa. Évidemment, je me suis contenté de filmer la scène.

Dans ces moments-là comme à Stradbroke Island, vous avez vraiment l’impression que le temps s’arrête. C’est évidemment une illusion. Le lendemain il fallait déjà repartir, passer une dernière soirée à Brisbane avant que je ne reprenne l’avion pour Hong Kong, puis Londres, puis Nice, puis Valbonne. Dans mon souvenir le dernier bar où nous avons bu des bières était tout rouge, avec un groupe de musiciens country. Je revois aussi Marine écrire jusqu’au dernier moment le petit mot qu’elle laisse toujours dans mes valises quand nous nous quittons et que je lis plus tard, lorsque je retrouve ma maison, les bruits familiers de la rue, les appareils ménagers, les livres, les habitudes. J’ai fait un demi tour du monde et je lis ce petit mot qui lui aussi a voyagé, traversé le ciel pour finir là, un tout petit peu froissé, entre mes mains  de voyageur, d’homme, de père.

Ils sont tous quelque part, figurez-vous. Sur ce plan-là, je suis conservateur.