RÊVE PHILIPPINES

En juillet dernier, j’ai à ce point aimé les Philippines que ce voyage n’était peut-être rien d’autre qu’un rêve. Ce genre de rêve que nous connaissons tous, un peu embrouillé sans doute, étrange, mais si doux, si délicieux, qu’il superpose dans sa jouissance même l’illusion du bonheur enfin trouvé et l’inquiétude du réveil affleuré. Je ne sais si ce petit film de sept minutes parvient à traduire cette expérience. Du moins, aurai-je essayé.

MANILLE IN MEMORIAM

Gérard, ami cinéphile, si tu me lis sache que j’ai retrouvé l’escalier où la mère essaie d’allumer désespérément une bougie, en mémoire de son fil assassiné. La tempête l’en empêche et j’ai oublié le titre du film… Toi, en revanche, tu dois savoir !
La mémoire de Rizal a donné un grand parc à son nom et une composition impressionnante représentant son exécution. Plus loin, c’est la mémoire des Philippins morts sous les bombes japonaises. Aucune église n’a été épargnée à l’exception de l’église Saint Ausgustin, construite pour commémorer l’arrivée des Espagnols en 1565. Dans Intra Muros (c’est-à-dire à l’intérieur des anciens remparts) l’histoire est au coin de la rue. C’est l’objet de ma matinée. L’après-midi se passera à attendre. Bagages, taxi, airport, checking, customs, boarding, toutes ces opérations, ce tralala…

L’avion pour Melbourne part vers 21h. Une nuit encore et je retrouve mes filles !

PROVINCE CAPITALE

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Journée de transition avec retour à Manille avant le grand départ pour Melbourne.
À la fraîche ce matin piscine puis moto jusqu’à Dauis et la côte occidentale de l’île. En ce dimanche beaucoup de Philippins vont à la messe. Ce catholicisme rassemble les foules et fortifie le lien social. C’est un trait marquant ou « saillant », (dédicace spéciale à Virginie et Évelyne qui comprendront) du pays, avec son caractère latino-asiatique, son métissage particulier qui adoucit la langue, la musique, les visages, la marche et son rythme. Tranquille… Les Philippines ont a souffrir pourtant; ce n’est pas un paradis. Partout les ruines rappellent les catastrophes, ouragans ou tremblements de terre. C’est particulièrement vrai à Loon que je traversais hier. Les églises, justement, sont endommagées (pourquoi ?). À Dauis, par exemple, la messe se célèbre à l’extérieur, à l’ombre du clocher dangereusement lézardé…
Me voici donc ce soir à Manille et dans le centre cette fois. Près de l’hôtel curieuses fortifications circulaires abritant une chapelle (messe) et un cimetière. Y reposent les restes de José Rizal, héros de la révolution philippine, celui dont la statue trône dans tous les jardins et au milieu des places. Le front de mer, entr’aperçu au crépuscule depuis le taxi, est une longue promenade que je remonte dans la nuit. À ma droite, après l’imposante ambassade américaine, la mer. À ma gauche, de l’autre côté de la double avenue, la rangée des banques et des hôtels de luxe. Partout, sur le trottoir, des sans abri ou plutôt des « sous bâche », parfois avec leurs enfants. De temps en temps un couple d’amoureux et, régulièrement, des masseurs ou des masseuses; de quoi se décontracter l’échine. Je marche ainsi jusqu’à une sorte de Luna Park, sa grande roue et ses attractions bruyantes. Bref, la fête.

UNE ÎLE

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Louer une motocyclette et c’est la liberté ! Une fois passés les embouteillages de Tagbilaran, le nez au vent, je vais où il me plaît. Direction Nord plutôt que Sud et découverte des rivages heureux de Bohol. À Maribojoc, le hasard me conduit à une tour de défense (XVIIe) et à sa croix. Les faubourgs de Loon me rappellent les faubourgs de Pa (Burkina faso) et l’arche des flamboyants, du côté de Cortès, ceux de Thiès (Sénégal). À chaque lieu ses rencontres ; enfants curieux (pas d’école aujourd’hui), femme gracieuses, pas bégueule du tout, pêcheurs, jeunes basketteurs (basket, sport national), éleveurs de coqs de combat (autre spécialité nationale), bandes de fêtards du samedi qui m’offrent du brandy et un alcool à base de coco. Entre Loon et Calape, la route sur la gauche puis un pont (aide du gouvernement australien) mènent tout droit à l’île de Sandigan. Nous sommes loin ici de l’atmosphère de Panglao, modérément goûté hier. Pas de resorts, de loueurs de tubas, de touristes rosés et autres habitués. Arrivé au bout d’une piste, un ponton. J’emprunte une pirogue à balancier pour poser les pieds à Cabilao island, un bout du monde. Les Philippines comptent des milliers d’îles de ce genre. Une vie ne suffirait pas pour les visiter. Mais cette idée est saugrenue, empressons-nous de l’oublier.

PS : faute de réseau suffisant, j’ai eu le plus grand mal à télécharger les photos. Qualité non garantie.

TARSIER ? NE PAS DERANGER !

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Une journée touristique… L’île de Bohol propose quelques spots incontournables, il serait dommage de passer à côté. Prenons l’exemple d’un tarsier. Ce primate mesure environ 8 cm et s’accroche aux branches d’acajou en ouvrant de grands yeux. Le jour il s’économise pour faire la fête toute la nuit, paraît-il. Or je mets au défi quiconque de repérer l’animal dans des conditions normales de promenade non accompagnée dans la jungle épaisse. Ne pas trop rêver ; un tarsier, modèle de discrétion, se fond dans le décor, se cache sous les feuilles, et mes conseils sont plutôt de prendre un billet d’avion pour les Philippines, de rejoindre Corella, d’acheter un billet au Philippine Tarsier Sanctuary, de suivre les flèches, et d’attendre qu’une hôtesse vous montre du doigt l’animal. Au début, on ne voit rien, enfin, du vert, beaucoup de vert, et tout à coup il y a un « Ahhhhh !!! », aussitôt étouffé au fond de sa gorge, parce qu’il ne faut pas trop effrayer ni déranger le tarsier.
Plus repérable sur l’île de Bohol, le touriste coréen. Il se déplace généralement en groupe et, je ne sais pourquoi, décide systématiquement de se rendre là où vous allez. Chocolates Hills ? Bien sûr ! Lobok River ? Evidemment ! Ruines de l’église baroque de Baclayon ? Cela va de soi… Il semble en revanche que le pont de bambou de Sikatuna soit réservé aux seuls touristes français.
Voilà en tout cas une nouvelle journée bien remplie. La piscine, en fin d’après-midi, est un délice. Il me faut ce soir trouver un moyen de locomotion pour aller dîner en ville, à moins que je ne me laisse séduire ici par le karaoké. Apparemment, c’est une spécialité de l’établissement.

BOHOL AGAINST GMO

Si Manille effraie, Tagbilaran enchante. J’y suis arrivé tôt ce matin, sur l’île de Bohol, au Sud des Philippines. Au Veranda Beach Resort, piscine, déjeuner, sieste, puis marche sur le bord de la route traversant la cocoteraie. Un motocycliste ne tarde pas à me « camballer » (cela doit faire quarante ans que je n’ai plus employé ce verbe en usage à Menton) et me voici bientôt en ville. Ma chance, en cette saison de mousson, est de jouir d’un temps parfait ; je ne m’y attendais pas : soleil, chaleur supportable, lumière parfumée dans les frangipaniers. Ici l’impression d’Asie se nuance d’influences variées : ferveur catholique, accents chantants, souvenirs hispaniques et américains, éducation à l’anglaise… La Boho Island State University est en réalité un immense collège mixte où les élèves, en uniforme, semblent heureux et libres. Fidèle à mes habitudes, j’ai un peu fouiné. Sourires pleins les dents, guitares, travaux manuels, drôles de bestioles dans le formol, brochette de beignet une fois qu’on est sorti. Le flot des jeunes gens se répand alors dans la rue, se faufilant par bandes entre le caniveau, le trottoir défoncé et la route. Le long du mur de l’établissement, je découvre une fresque remarquable financée par un programme australo-philippin pour le développement et l’agriculture. L’île de Bohol semble avoir déclaré la guerre aux GMO (organismes génétiquement modifiés) et certaines scènes épouvantables feraient presque penser à Jérôme Bosch.
PS : achevé de lire ce matin, à l’aéroport, Un été avec Baudelaire d’Antoine Compagnon. Baudelaire ne jurait que par Paris et son voyage forcé aux îles a tourné court. Ici, aux Philippines, quelque chose dans l’air rappelle « parfum exotique ». L’illusion est parfaite : nous sommes dans l’Idéal.

JET LAG À MANILLE

Après 16 heures d’avion et une demi nuit de transit, pour un voyageur venu de France, surtout s’il arrive après la tombée du jour et sous la pluie, Manille fait l’effet d’un chaos. L’hôtel choisi parce qu’il est « proche de l’aéroport » semble inaccessible dans le tintamarre des motos, voitures, bus, jeepneys, piétons et autres bizarreries mais on finit par y parvenir, comme à tâtons, dans le noir. Alors c’est une chambre confortable, sans caractère particulier ou plutôt ce caractère bien marqué des chaînes hôtelières à prix moyen-plus dont le principal office, de Manille à Marseille, de Marseille à Malaga, de Malaga à Mascate, et de Mascate à Mandelieu, est bien de rassurer l’engeance déboussolée des voyageurs internationaux souffrant de « jet lag ». Demain on pourra davantage ouvrir les yeux.

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