RETOUR

 

Nous sommes retournés à Barles et c’était pour François comme pour moi le plaisir de retrouver certains des lieux de notre tournage, cette aventure qui nous avait tenus plusieurs mois durant dans l’ombre portée du grand Giono et de son Chant du monde. Nous y avons retrouvé Dominique, Serge, Mireille et quelques autres mais pas Francis que nous craignions de déranger. À Vaux, que François découvrait, la chapelle a été rebâtie. Nous avons pensé à Regain et, parcourant les vastes prés à peine inclinés du vieil Esclangon, j’imaginais la résurrection du pays, le retour aux vraies richesses. Le paysage avait cette sagesse des hommes quand ils s’abritent aux pieds des géants, ici l’interminable crête du Mont Blayeul, en face le synclinal du Vélodrome, hors de mesure, inhumain. Enfin, au village, nous nous sommes glissés à l’intérieur de l’église mystérieusement ouverte ce jour-là. S’étaient jouées entre ses murs plusieurs pages heureuses ou douloureuses de l’histoire familiale et je me disais en photographiant les ciboires, les chasubles et autres objets du culte, que je pourrais faire dix fois le tour du monde, il me faudrait toujours revenir à ce pays, inlassablement, et quand bien même je ne serais jamais que le petit vacancier de jadis, vague avatar aujourd’hui vieilli du Gérard de Sylvie, de retour en Valois.