UNE VIE DE PAROISSIEN

Ne pas se fier à la liasse de CFA qu’il tient dans sa main droite. Paulin Somda est un curé intègre, et donc, par définition, un bon burkinabé ! Frédéric Bernardeau, Anne-Thérèse Rendu, Carole Lambert et moi-même avons fait sa connaissance à Dano où il officie depuis le départ de Dominique Meda, désormais abbé en Ardèche. La paroisse de Dano, nous la fréquentons depuis longtemps. Homme de peu de Foi, je confesse m’accommoder sans difficulté de cette vie sur la colline, rythmée par la cloche (avec en contre-point le muezzin voisin), les chants des catéchumènes, les bénédicités d’avant repas, le babil des enfants sur le chemin de l’école Germain Nadal (du nom du père blanc fondateur de la paroisse, dans les années 30).

Aujourd’hui, une vie de curé à Dano, c’est une activité débordante, commencée dès 6h30 du matin par la messe en dagara, achevée très tard le soir, après avoir réglé mille problèmes, traité mille questions. Si on ajoute que l’abbé Paulin est, à ses heures, auteur, compositeur et chanteur, on ne peut qu’admirer son énergie, comme ces trois sœurs sagement assises sur la banquette de la boîte de nuit, le soir du bal de l’aumônerie scolaire. Boyaga Botii est son tube ; si j’ai bien compris : « Cesse de te plaindre, lève-toi, et marche ! » Jolie formule qui est aussi le nom et la devise de l’association dirigée par Eulalie Dabiré, une de nos partenaires (j’y reviendrai).

De fait, il faut attendre les heures chaudes de l’après-midi pour trouver un peu de calme et de repos. Une des chiennes habituées de la terrasse a mis bas; six ou sept chiots traînent sous la carcasse d’une Mercedes puis s’amusent tout à coup à poursuivre une pintade. La vieille soeur Odile traverse péniblement le terre-plein surchauffé, appuyée sur sa canne. Hélène ou René, vieilles connaissances, s’affairent autant que le permet leur santé. Anselme, l’instituteur, nous présente Nadia, sa fille de quatre ans (c’était un bébé lors de notre précédent séjour), tandis que retentit la sonnerie de son téléphone portable : un Ave Maria !

Dans ce contexte, Carole Lambert est comme un poisson dans l’eau. Présidente de l’association « Les manguiers de la paix », elle est ici au titre du jumelage des paroisses de Dano et de Roquefort les Pins. Le COD (rien à voir avec l’accord participe passé) est son affaire : soutien aux femmes, formation à la couture, fabrication de savon au karité.  Mais la température baisse (si peu..). Hubert se met au fourneau et les repasseuses à leur table. La petite fille de l’une d’entre elles – deux ans tout au plus – pleure parce qu’elle a peur des Blancs. Roméo, lui, passe dire bonsoir. Fasciné par l’histoire de son père disparu employé dans un grand hôtel parisien, il est travaillé par l’angoisse de devenir à son tour père de famille. Pas si simple à Dano lorsqu’on n’a qu’un petit boulot : attraper des abeilles pour les études environnementales (?) de la compagnie Dreyer.

Maintenant la lumière a changé. Anne-Thérèse et Frédéric se lancent dans des débats théologiques. Je rêvasse… Bientôt il sera l’heure de boire une bière (SO-B-BRA ou Brakina) à Sarepta, à moins que nous ne descendions vers le carrefour, où nous attend la jolie coiffeuse.