VINICIUS AVAIT RAISON

A vida e a arte do encontro (Vinicius de Moraës )

Il faut s’y attendre, on est très vite happé par le voyage.

Cela commence à l’aéroport de Lisbonne, lorsque je remarque cette jolie fille plongée dans la lecture d’Eugénie Grandet. Certes je pourrais me rappeler le triste souvenir de mes dictées d’enfance, mais il suffit qu’elle m’aborde ­– « Vous lisez du Pierre Michon ? » – et voilà que c’est parti. Je ne sais pas encore qu’elle s’appelle Hélène, qu’elle enseigne le français à Prague, qu’elle se rend à Faro chez des amis, qu’elle connaît Vinicius de Moraës, que nous allons passer trois heures ensemble à parler littérature, boire un verre dans un troquet de la Lisbonne moderne. Tout cela, je ne le sais qu’après, une fois apprivoisé, charmé par son sourire.

Il faut deux avions pour se rendre à Ponta Delgada. Les Açores ont été jusqu’ici un lieu imaginé. Et me voilà rua João de Melo Abreu autour d’une table, à dîner en compagnie : Antonio, l’hôte de la maison, et d’autres venus de Hollande, de Tchéquie, de Roumanie. Mon oreille n’est pas encore accoutumée à leur anglais, je ne l’entraîne pas assez souvent ; pourtant peu à peu cela revient, comme toujours.

Il est tard. Je photographie le bistrot d’à côté au milieu de l’Atlantique, et je me dis ceci : Vinicius avait raison, la vie c’est peut-être bien l’art de la rencontre.

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