« TU N’IRAS PAS Á LA KASBAH ! »

En août 2006, je me suis donc rendu en Algérie pour une quinzaine de jours. Trente ans auparavant j’avais projeté un voyage là-bas mais il n’avait pu se faire. Mon ex épouse n’était pas dans son assiette, nous avions renoncé et opté pour un séjour dans le Sud-Ouest, du côté de Rocamadour.

J’ai pris l’avion à Marignane et j’ai bavardé pendant le vol avec une jolie femme d’origine kabyle dont le frère était entre la vie et la mort après un accident de la route. Elle se rendait à son chevet. Á Alger, je logeais dans un hôtel près de la poste centrale. Je marchais toute la journée, le long de la promenade de la mer, à Bab El Oued, jusqu’à Notre Dame d’Afrique, le cimetière européen, le phare de Kheir Eddine. Ce qui me plaisait beaucoup, c’était qu’il n’y avait aucun touriste, de temps en temps quelques familles de Pieds Noirs en pèlerinage, mais rien de ce qu’on peut trouver en Tunisie ou au Maroc, deux pays très fréquentés. Évidemment, le fait que je voyage en Algérie, même dans une période calme, avait inquiété ma mère. Elle m’avait interdit de visiter la Kasbah et c’est précisément une des premières choses que j’ai faites. Rien de spécial en réalité dans ce quartier, des rues étroites et en pente, beaucoup de maisons en ruine, une belle vue sur la baie, comme sur la photo du jour. Un policier m’a juste conseillé de ne pas traîner et je suis redescendu vers la place des Martyrs.

Circonstances de la vie obligent,  c’était la première fois que je voyageais seul et, ma foi, ce n’était pas désagréable. Un peu triste parfois, mais intéressant sur le plan humain, constructif en quelque sorte. J’ai seulement trouvé que Le petit futé était nul et décidé que, la prochaine fois, j’achèterais un autre guide.

LA PELLICULE OUBLIÉE

Un jour, j’ai mis fin à une période de procrastination qui avait duré sept ans. Je gardais dans un tiroir une pellicule fuji, la dernière que j’ai utilisée avec mon appareil argentique (un Minolta offert par ma mère). Sans que je sache exactement pourquoi je tardais à la faire développer et n’y pensais plus, peut-être parce que le passage au numérique a entraîné un changement d’époque, a bouleversé l’usage de la photo et fait oublier brutalement ce temps où chaque cliché devait être pensé, 24 ou 36 coups, pas plus, sans certitude qu’ils aient atteint leur cible. Non, pour le savoir il fallait attendre, aller chez le photographe, déposer la pellicule, revenir le lendemain, et c’est comme si j’avais attendu sept ans pour venir réclamer les photos et exhumer tout à coup une tranche de vie effacée ou presque, comme tant d’autres choses.

Le photographe m’a expliqué qu’il avait fait ce qu’il avait pu. Dans son petit rouleau, la pellicule se dégrade au fil du temps. Et après sept ans de sommeil, la photographie que vous avez prise un jour à Alger ressemble à une vieille carte postale de vide-grenier. Une fois récupérée la pochette, j’ai donc découvert ces images, je suis rentré chez moi et je les ai scannées. Je vais les mettre en ligne ces prochains jours, accompagnées de mes commentaires. Ce sera une sorte de chronique algérienne, pour reprendre pompeusement le titre que Camus a donné à ses articles entre 1939 et 1958. Rien de politique cependant dans ma démarche. Juste des souvenirs et quelques considérations personnelles sur le temps qui passe.