FLEURIEU PENINSULA et LA BEAUTÉ DU MONDE

Une grande journée de route nous a menés des Adelaide Hills aux immenses plages d’Encounter Bay, Péninsule de Fleurieu. Remarquable variété de paysages d’autant plus qu’alternaient le soleil et la pluie… Dès le matin, direction Hahndorf. Comme son nom l’indique, ce village aujourd’hui touristique et propret (panneau Neighbourhood watch area) a pour origine l’installation vers 1840 d’une colonie allemande et luthérienne. Sur cette terre aborigène des Peramangk, les premiers contacts furent amicaux. Les colons apprirent des locaux comment reconnaître les bonnes plantes, chasser les opossums et se vêtir de leurs peaux. Pourtant un conflit éclata très vite lorsque les troupeaux de moutons traversèrent les territoires interdits, risquant fort de déranger les ancêtres et de mettre en péril l’équilibre complexe du système culturel local. Il faut le savoir, en Australie, la ou plutôt les cultures aborigènes restent en grande partie opaques. Ces peuples millénaires, très fragiles mais encore vivants, survivent peut-être grâce à leurs secrets. Marine me racontait qu’en Arnhem Land, territoire immense et inhospitalier, les Aborigènes se repèrent aux arbres, alors qu’ils se ressemblent tous. Parfois, il faut s’arrêter, ne pas franchir le cap de quelques blocs perdus dans le bush. Pourquoi ? Eux seuls le savent, pas les autres.
Curieusement, non loin d’Hahndorf, se trouve Verdun, avec son monument aux morts. Je n’ai pas réussi à savoir pourquoi ce village portait le nom d’une des plus grandes batailles du XXe siècle. Quoi qu’il en soit, d’origine allemande ou non des milliers d’Australiens sont allés mourir au bout du monde, du côté d’Ypres (Belgique), de la Somme (France) ou de Gallipoli (Turquie). Beaucoup plus récemment le gouvernement a envoyé des troupes en Irak ou au Timor et j’ai vu à Adelaïde, devant Parlement House, une manifestation de vétérans réclamant semble-t-il de meilleures indemnisations.
Tout ceci nous éloigne des vertes collines, de la vigne pour l’instant endormie, des koalas et des cacatoès croisés au cours de notre périple du jour. Après l’ascension du Mont Barker (cinq minutes de marche…), descente (côté gauche de la route évidemment) jusqu’à la riante localité de Milang, au bord du Lac Alexandrina. Je me prends de passion pour les cabanons (voir l’album posté hier) tandis que Manon me parle, à juste titre, de village fantôme. Même la tenancière de l’épicerie locale semble sortir d’un film d’épouvante, disons Vendredi 13 ou quelque chose de ce genre, avec les cadavres qui remontent du fond du lac et font pousser des cris à toute la salle. Je suppose pourtant que Milang doit être agréable en été, c’est un peu dirait-on la villégiature du pauvre, la version bric et broc de Victor Harbor ou de Port Elliot, beaucoup plus cossus. Après un petit en-cas, nous voici repartis (à regret) pour explorer les rives du lac. Qu’on se le dise, Hyundai c’est du solide, ça n’a pas peur des pistes ! Nous voici désormais à Point Sturt où, comme il se doit, je rencontre un pêcheur à l’air coréen.
Comment se lasser de ces paysages ? La route maintenant traverse des forêts d’eucalyptus, encore des vignes, des plaines inondées et même quelques oliveraies. Quand tout à coup, au détour d’une rue en pente, inattendu, le choc, l’Océan, fracassant, infini. Une baleine passe au loin, voilà Manon en transe tandis que le jour décline le long de la jetée de Granite Island, dans la nuit bientôt et la beauté du monde.

ADELAÏDE et L’AUSTRALIEN DU MERCANTOUR

En Australie, j’avais eu l’occasion de voyager successivement avec Marine et Pauline. Une escapade à Adélaïde et dans le South Australia State me permet de le faire également avec Manon. Ce sont des moments privilégiés.
Adélaïde est une ville agréable, calme malgré son million d’habitants. Tantôt l’architecture fait penser à New York, les espaces verts de North Terrace remplaçant Central Park, tantôt les rues à streep tease et à pubs (Hindley Street) annoncent déjà l’atmosphère des villes du Nord et donc du bush. Point remarquable, Adélaïde recèle le meilleur magasin de cartes de toute l’Australasie. Une aubaine pour l’amateur que je suis, une salle du trésor. Anthony Stephens, le propriétaire des lieux est lui-même cartographe et grand voyageur. Sur l’écran où passent en boucle ses photographies, je reconnais le Mercantour qu’il a parcouru voici peu de temps. Amusant de discuter du Lac Vert de Fontanalbe et du Mont Bégo avec un Australien d’Adélaïde. Je lui parle également des îles de l’Amiralty Gulf, tout au Nord du Kimberley. Sur la carte, avec une certaine excitation, nous découvrons le Fenelon Passage, Descarte et Moliere Islands non loin de l’Île Racine et du Cap Voltaire… J’achète la carte ! Comme l’Australie du Nord, les côtes de l’Australie du Sud ont été écumées par des navigateurs français. C’est dans la Péninsule de Fleurieu que nous passerons la journée de lundi. L’explorateur Nicolas Baudin, envoyé par Napoléon, avait fayoté en donnant à cette partie de la côte le nom du ministre de la Marine de l’époque ! Les découvreurs sont d’ailleurs à l’honneur à l’Art Gallery : exposition Treasure Ships consacrée à l’Âge des épices. Un régal !
Du mini road trip de la Péninsule de Fleurieu et des Adélaïde Hills, il sera question dans le prochain article.

UN SUJET DIFFICILE

Un jour, Marine et moi avons fait une halte à Halls Creek, dans le sud du Kimberley, car il nous fallait refaire le plein et acheter quelques victuailles. Je me rappelle son sourire lorsqu’elle a trouvé une plaquette de chocolat Milka, découverte pour le moins étrange dans un pays aussi perdu. Je me souviens aussi de cet Aborigène retirant des billets au distributeur ATM, probablement pour s’acheter des biscuits. Plus loin, à Fitzroy Crossing, nous avons traversé une sorte de cage qui tenait lieu de bar à bière. La beuverie était générale et nous avions la gorge serrée.

Jusqu’à présent, j’ai eu beaucoup de difficultés à parler ou à évoquer cette réalité-là. Marine et Pauline, qui ont vécu pendant plusieurs semaines en « territoire  aborigène », savent combien on a vite fait de proférer des banalités ou, pire, des conneries. Le fait est que le gouvernement australien subventionne des populations que la « modernité » a « dénaturées ». Le distributeur leur distribue du fric dont elles n’ont « culturellement » aucun usage mais qu’elles dépensent massivement en sucreries et en alcool (à des heures et dans des lieux hypocritement « réglementés »). Si je mets des guillemets, c’est que tous les mots sont des pièges sur le sujet. Ils me renvoient à mon malaise. Ils modalisent mon sentiment de cécité.

BROOME OU LES PERLES DU PROJECTIONNISTE

Déplaçons-nous maintenant vers l’Ouest. Nous sommes en 2010 à la veille de la grande traversée du Kimberley (Western Autralia) par la Gibbs River road.

Ce soir-là, à Broome, nous traînions dans la rue en quête d’une cantine quand nous sommes passés devant le cinéma local. A l’affiche, rien moins que PREDATORS, un vrai blockbuster ! C’est le point de départ de ce petit film, reflet fidèle d’une soirée placé sous le signe de la rencontre.

À noter que le Sun Pictures de Broome s’enorgueillit d’un record. Quant à un certain Ted Hunter, pêcheur de perles, vous ne manquerez pas sa statue lorsque vous visiterez à votre tour cette charmante bourgade.

À suivre, dans le prochain post, un album photoS spécial SUN PICTURES (qualité très moyenne).

STUART HIGHWAY

À l’ouverture de la première version de ce site, en décembre 2009, j’annonçais imprudemment la « sortie » d’un grand film sur l’Australie. Il n’a jamais vu le jour. J’ai préféré poster de loin en loin de courtes vidéos selon une approche plus impressionniste et poétique à la fois, comme autant d’aperçus. Sur le site aujourd’hui rénové, voici trois vidéos d’ambiance ayant de nouveau pour cadre  les Territoires du Nord.

La première a été tournée à la tombée de la nuit, sur une route déserte du côté de Katherine. Marine y raconte son expérience du bush.

La deuxième se situe plus au Sud, dans le massif des Olgas et à Uluru. Où l’on comprend que la Terre a ses secrets.

La dernière enfin nous amène à Alice Springs. Un soir, j’ai attendu la bonne lumière pour gravir une des petites collines de cette ville perdue au milieu du désert. Le sol était jonché de tessons de bouteilles de bière parce que c’est là que viennent s’assommer d’alcool les Aborigènes. On ne les entend pas sur la vidéo, mais ils étaient non loin de moi, au pied de la butte, non pas agressifs mais totalement indifférents à mon passage. Je suis resté quelques instants au sommet, puis je suis retourné au backpack pour retrouver Marine en train de cuisiner une des recettes mirifiques dites « Avec les moyens du bord ».

LE BAOBAB DE WIM

Une fois,

comme déjà dit précédemment,

mon ami François m’a offert un beau livre de Wim Wenders intitulé Une fois.

Dans cet album, Wim publie ses photos et des textes comme celui-ci :

« Une fois

passé par la Thaïlande et l’Indonésie

je suis arrivé en Australie,

par la porte de service quasiment,

dans la ville de Darwin,

à l’extrême nord du pays,

et j’ai pu ainsi percevoir

tout un continent

par les yeux d’un nouvel arrivant.

Le soir de ce premier jour

j’ai vu pour la première fois

un baobab

et pour la première fois

la misère des aborigènes. »

Bien des années plus tard, ma fille Marine est partie vivre en Australie. Le jour de son départ, je lui ai dit d’aller voir pour moi si le baobab de Wim se trouvait toujours sur le parking de Darwin. Quelques mois après, elle m’envoyait ces photos de l’arbre, avec nos initiales gravées quelque part sur le tronc.

Encore quelques années plus tard, arrivé à Darwin par Singapour (voir l’album DARWIN PORTE DE SERVICE), c’est cette fois avec Pauline que je rendais visite à notre vieil ami. Ayant retrouvé les initiales de Marine, nous avons ajouté une nouvelle marque sur le tronc et immortalisé ce moment en vidéo.

C’est comme cela que cette histoire nous lie.

RENCONTRE SANS LENDEMAIN

Melbourne, Sydney, le Queensland, Darwin… Les albums photos nous ont mis dans le bain. Aujourd’hui, à quelques semaines d’un quatrième départ pour l’Australe, quelques articles consacrés au Nord du continent. Tout commence en 2009, dans un avion de la Qantas à destination de Darwin. Marine y était arrivée la veille et m’y attendait. Je parle très mal l’anglais mais en Australie tout paraît plus facile. Dans l’avion, j’étais assis à côté d’une jeune femme blonde qui partait rejoindre sa sœur dans le Nord. Nous avons causé durant tout le vol. Comme c’étaient enfin les vacances pour elle comme pour moi, nous avons bu plusieurs petites bouteilles de vin australien et puis nous avons échangé nos adresses facebook. Malheureusement, au cours du voyage qui continuait vers Alice Springs, j’ai perdu le petit papier où elle avait inscrit l’adresse, et je ne me suis pas souvenu de son nom ni de son prénom.

Ce fut donc une heureuse rencontre sans lendemain.