GAND, VERMEER, PROUST, JOSIANE ET LE TOUR DE FRANCE

Une petite virée à Gand, une des perles de la Flandre, un peu moins courue que Bruges mais tout aussi belle. Les façades donnant sur le canal rappellent les tableaux de Vermeer, sa fameuse vue de Delft qu’après Proust, excusez du peu, j’avais pris pour sujet de rédaction en 4ème. Une pensée alors pour mon amie Josiane Forzani. En ces temps lointains, elle m’a initié au plaisir de la littérature et du Beau.

PS : dans le centre de Gand on trouve une concentration étonnante de boutiques kitchs exposant fièrement leur improbable bric à brac. J’y ai par exemple retrouvé mes petits coureurs du Tour de France. Et de nous rappeler, avec Philippe, les courses épiques organisées sur le carrelage de l’appartement.

BELLE FLANDRE

Voici un album donnant une petite idée des trésors de la Flandre.  Sint-Walburgakerk à Veurnes, Sint-Niklaaskerk à Diksmuide, Cathédrale Saint Jean à Gand où l’on peut admirer (et non photographier) le retable de l’Adoration de l’Agneau mystique des frères Van Eyck. Dans une chapelle, un grande scène du peintre Frans Porbus (1569-1570), figure tutélaire du Chef-d’oeuvre inconnu de Balzac. De Dunkerque (je repense aux explications étymologiques de mon père indiquant que Dunkerque signifie « Église des dunes »), on a vite fait de plonger dans cette Belgique riche, organisée, dynamique, et fort belle. Ces adjectifs élogieux sont souvent employés par les Français, de l’autre côté  de la frontière. Pour eux, une façon de dire que la France, c’est tout le contraire.

Prochainement, un dernier article sur Gand.

LA MER ET LES MIROIRS

À deux pas de chez Robert, à Leffrinckoucke, la mer.

De la chambre de Philippe qui donne au Nord, je vois les dunes séparant la maison de la digue. Cette année, après une tentative au papier peint, un collectif d’artistes a recouvert le premier blockhaus d’une mosaïque de verre. Curieux art du camouflage qui fait se demander où est l’illusion : dans l’oeuvre d’art ou dans la réalité ? « Une victoire », est-il indiqué, « des forces de l’imagination sur celles de la destruction ». Il est vrai qu’en admirant ce sublime paysage, en photographiant le bain du jour de l’An, en levant le nez en direction des façades bourgeoises de Malo, on a du mal à imaginer que s’est joué là une des plus grandes batailles du XXe siècle. L’opération Dynamo avait vu échouer sur cette plage une armée entière, évacuée (avant les civils) vers l’Angleterre. C’était en juin 40 et mon père, jeune homme à la tête brûlée, a vu tout ce chaos, a ramassé dans les fossés une vieille sacoche, un couteau, de menus objets abandonnés là, dans la débandade.

Il avait dix-sept ans.

POLOGNE AU VOLANT

En traversant la Baltique, j’ai atterri dans un endroit assez bizarre et changé de culture : Dlugie Ogrody, ul. Rzęna 1, Gdańsk, Pologne. L’hôtel, difficilement repérable dans la zone industrielle de la ville, a semble-t-il annexé un immeuble d’inspiration soviétique ou quelque chose du genre. Cela donne il est vrai une bonne impression d’espace mais, comment dire, c’est un peu froid, spartiate, tatillon (pour le parking par exemple), sans être ruineux heureusement. Ainsi, je viens de dîner pour 6 euros environ : une bière, des frites, du chou, des carottes râpées, une tranche de porc panée et du nescafé (pas de dessert possible).  La ville de Gdańsk est fort belle, en tout cas son centre historique complètement détruit pendant la guerre et reconstruit brique par brique. En revanche, venant de Suède où la placidité et le calme de la population sont frappants, l’ambiance polonaise m’a paru très anarchique. La circulation en particulier est très difficile. Les Polonais sont les rois du déboitage et du non-respect des limitations de vitesse. Il leur faudrait quelques radars comme en Scandinavie où vous pouvez en trouver huit ou neuf sur un tronçon de 15 kilomètres (je n’exagère pas, c’est vrai). D’autre part, les indications sont incompréhensibles. Érika et moi avons cherché en vain le lieu de l’exposition The Human Body (pas sûr que j’aie à le regretter) et, au retour de Westerplatte, nous nous sommes carrément perdus. J’en profite pour expliquer ce qu’est Westerplatte : tout simplement le lieu où la Seconde Guerre Mondiale a commencé, le 1er septembre 1939. Les soldats polonais ont bien résisté, treize ont été tués, mais quelques jours plus tard Hitler pouvait s’installer au Grand Hôtel de Sopot où j’ai fait un saut ce matin. Signe des temps, la dernière visiteuse de marque de cet hôtel haut de gamme s’appelle Rihanna. Bref, cela fait un moment contrasté du voyage. En changeant de pays, j’ai changé d’univers et, en même temps, rapproché mes guêtres. Les Polonais me semblent foutraques mais sympas. La ville, quant à elle, a la beauté de l’Histoire et la complexité du Présent.

SCANDINAVIA

Il suffit de passer le pont et vous êtes tout de suite en Suède. Nothing to declare ? Nothing ! Première surprise, Malmö est la troisième ville du pays et il y règne un calme étonnant. Même le Zara du coin est un havre de quiétude ; pourtant, c’est la période des soldes… On se promène dans cette espèce de lenteur scandinave (?) ; même les morts sont tranquilles alors qu’ils sont curieusement enterrés dans un jardin public. Plus loin, je visite l’éco quartier de Västra Hamnen avec sa tour futuriste. Hassan s’entraîne : combat de boxe contre le vent tandis que les baigneurs plongent et les filles bronzent. Encore des kilomètres, un minuscule port de pêche, une lande, un curieux alignement de menhirs. Il faut voir tout ça, Érika, allons-y ! Le soleil joue à cache-cache avec les nuages. Parfois, la lumière est émouvante.

CALME DANEMARK

Danemark. Depuis l’Allemagne, après un peu d’autoroute (bucolique, avec fleurs sauvages sur les bas-côtés), petits détours au gré de l’inspiration Michelin. Ici, les églises sont rouges, et je fais halte à la Gundslev Kirke, entourée de son cimetière. Calme d’un bijou ignoré. Plus loin, halte dans l’étrange Vordingborg. Immeubles dans le vent. Personne. Enfin, Copenhague ou plus exactement le Go hotel, près de l’aéroport. Il reste à prendre le train pour le centre, se débrouiller avec les inscriptions en danois.

Se promener dans Copenhague se fait à pied. La ville est à taille humaine et il s’en dégage une impression de douceur et de tranquillité. Incroyable aussi ce que peuvent être sexy les filles à vélo. Et je ne sais pas par quel miracle elles sont toutes bronzées.

BERLIN SCHWARZ WEISS

J’aime beaucoup cette ville et admire toujours la façon dont les Allemands vivent l’Europe. On peut leur reprocher d’être égoïstes ou dominateurs ; en réalité, dans une ville martyrisée, ils sont un exemple de ce qui s’appelle la paix. (Attention, c’est un lointain fils de Dunkerque qui parle, autre ville explosée…)

PS : depuis quelques années, TACHELES, le centre d’art contemporain sauvage, a été fermé pour cause officielle de sécurité. Mais les friches industrielles gagnées par les artistes ne manquent pas à Berlin ; les squatters de Tacheles trouveront donc d’autres ruines pour exposer et vendre leurs productions inégales.

NOIR ET BLANC

Le noir et blanc m’intéresse. Vont suivre plusieurs albums consacrés à l’Europe du Nord : BERLIN, ALLEMAGNE DU NORD pour Hamburg, Lübeck et les plages de la Baltique ; DANEMARK ; SCANDINAVIE pour la Suède et la Norvège ; POLOGNE pour les paysages surtout urbains de la Poméranie et DUNKERQUE, un des lieux de mes origines. .

Bonnes visites !

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