D’UN SITE L’AUTRE

Voeux ASPA

C’est avec plaisir que je présente aux followers de Till The End le nouveau site de l’ASPA et ses voeux pour la nouvelle année. 2016 sera pour quelques-uns d’entre nous (mes amis Frédéric Bernardeau, Anne-Thérèse Rendu, Anne Thébault, Dieudonné Hien et moi-même) celle d’un retour au Burkina, après quatre ans sans voyage là-bas. Retrouver Dano et les amis que nous y avons, évaluer ce qui a été réalisé, repérer les futurs chantiers de l’association : autant d’occasions de mouiller la chemise, surtout en avril où il fait bien chaud !

Des précisions seront apportées d’ici là. En attendant, ne pas hésiter à visiter le nouveau site :

http://www.aspa-burkina.com

Que vivent l’ASPA et le Burkina !

RITOURNELLE DANS LA NUIT

Puisque nous sommes en ce moment dans le Queensland, restons-y encore un peu. Je ne sais plus au juste si c’est la veille, le matin même ou le lendemain de notre passage au désormais légendaire carrefour d’Ingham, toujours est-il que nous avons dormi aussi sur une aire en contre-bas de la route, plongée dans l’obscurité totale au moment où, faute de mieux, nous avons décidé d’y faire étape. Les distances sont longues en Australie, et Marine confirmera qu’il faut toujours plus de temps qu’on en a prévu pour se rendre d’un point A à un point B, que la fatigue ou la prudence conduisent les voyageurs là où ils le peuvent, quand bien même la destination envisagée au départ ne serait pas atteinte et l’endroit où l’on s’arrête finalement aussi noir que l’intérieur d’un tunnel. C’est ce qui nous est arrivé cette nuit-là. Dans l’obscurité donc nous avons arrêté le van, exploré à tâtons les immédiats alentours, ouvert le capot arrière et, à la lueur du plafonnier et peut-être d’une lampe électrique, commencé la tambouille (un grand philosophe, plutôt expérimenté en la matière, vous dira qu’il faut toujours manger en voyage, que la faim provoque à coup sûr les pires disputes, et qu’il en va ainsi de la poursuite sereine du périple : mangez, sinon vous allez vous taper sur la gueule). Nous étions donc en train de nous affairer devant le petit lavabo du van, probablement autour d’une boîte de maïs (je dis cela pour donner un exemple plausible car, en réalité, je ne me souviens plus de la nature exacte du menu ce soir-là), bref, nous « cuisinions » gaiement, lorsque tout à coup, du fond de l’obscurité et du silence, venue d’une direction que nous avions bien du mal à repérer compte tenu de la visibilité toute relative de notre environnement, une voix a surgi. C’était une sorte de chant que, dans mon souvenir, je réentends enfantin, innocent, heureux en somme ; un petite musique à la fois familière et étrange, disons comme une comptine peut-être ou bien alors une ritournelle comme celles des Pygmées du Centrafrique ou du Cameroun (les Bakas par exemple), plutôt envoûtante, mais avec ce caractère innocent dont je parlais, « premier » (comme on parle des « arts premiers »), venue du fond des âges, des légendes et des mythes de l’origine, du dialogue – premier, oui – de l’homme avec la nature. Toutes proportions gardées et, bien entendu, à l’envers puisque nous étions dans l’hémisphère Sud, plus riche en eucalyptus qu’en platanes, c’était un peu comme la musique d’Albin dans Un de Baumugnes, le génial roman de Jean Giono : « C’était une eau pure et froide que le gosier ne s’arrêtait pas de vouloir et d’avaler ; on en était tout tremblant ; on était à la fois dans une fleur et on avait une fleur dans soi, comme une abeille saoule qui se roule au fond d’une fleur. (…) Eh bien, la musique d’Albin, elle était cette musique de feuilles de platane, et ça vous enlevait le coeur. » Et il n’est pas faux de dire que, en effet, nous sommes restés là suspendus, notre ouvre-boîte à la main, sidérés dans ce moment exceptionnel où de la nuit la plus profonde se manifestait le miracle d’un chant totalement inédit, inouï, venu d’un autre temps. Il est alors apparu celui qui nous l’offrait sans le savoir, il marchait et passa devant nous, venu du noir et aussitôt disparu, de passage et chantant sa ritournelle dont nous ne connaîtrions jamais le sens.

C’était un Aborigène.

Il passait et chantait. Il est retourné à la nuit.

PS : les photos de l’album, on s’en doute, ont été prises le lendemain matin.

MASSACRE À LA TRONÇONNEUSE

Ce jour-là, Marine et moi étions dans le Queensland, à la tombée du soir. Nous avons filmé ce carrefour à Ingham, une petite ville de passage sur la route de Townsville (pléonasme, semble-t-il) que nous comptions rejoindre pour passer la nuit. Après le feu rouge, nous avons continué tout droit, alors qu’il nous aurait fallu  tourner à droite. Parfois on se plante, n’est-ce pas ? Après une heure de route, la chaussée est devenue étroite en effet, endommagée par des nids de poule et bordée d’ornières. Apparemment nous n’étions pas dans la bonne direction. C’est lorsque nous sommes arrivés sur une piste sablonneuse au milieu d’un champ de maïs que nous nous sommes rendus à l’évidence : il fallait faire demi tour si nous voulions retrouver la route de Townsville, c’est-à-dire repasser par le carrefour d’Ingham, celui où nous nous étions trompés. La nuit était tout à fait tombée maintenant et nous avons arrêté le van près d’une ferme. Un bref instant, j’ai pensé à Massacre à la tronçonneuse. Il faisait très noir; une ampoule, quelque part, clignotait. Un chien a aboyé puis s’est tu. Derrière la maison, nous avons gravi un escalier de bois avant de frapper à une porte. Un monsieur est venu nous ouvrir tandis que sa femme regardait une émission de télé réalité sur un vieux poste (autre pléonasme : dans les films d’horreur, je ne sais pourquoi, cela se passe toujours dans des fermes équipées de vieux postes qui grésillent. Ce doit être un code.) Le type était d’origine italienne et Marine a échangé quelques mots avec lui dans sa langue d’origine. C’est comme cela que nous avons appris que le couple était installé en Australie depuis plus de trente ans. Ils faisaient du maïs, comme on aurait pu s’en douter, une activité somme toute inoffensive. Quoi qu’il en soit, nous nous étions bien trompés de chemin, nous devions retourner sur nos pas : plus d’une heure encore, dans l’obscurité, avant de retrouver lngham. Cette fois, au carrefour, nous avons tourné à droite. Vu l’heure (il était presque onze heures du soir) je n’ai pas tourné d’images. Il fallait continuer notre route.

PS : Les quatre photos ci-dessous sont floues. La peur sans doute.

L’INTERNATIONALE

Un voyage au bout du monde confirme qu’une des lois humaines est le déplacement, le mélange, la rencontre des hommes malgré leurs différences. Rien ne peut arrêter ce brassage perpétuel qui fait peur a beaucoup. Quoi qu’ils en pensent, celui-ci continuera. Il se lira encore dans nos traits, la couleur hésitante de nos peaux, la maladresse émouvante de nos gestes et de nos langues quand il nous faut nous comprendre.

OMAN PÊCHE MIRACULEUSE

Le soleil s’est levé sur Oman, ma fenêtre s’ouvre sur le Détroit d’Ormuz.

Hier, de retour de la navigation, découverte de Khasab et des environs. Je m’arrête près d’une mosquée; des émigrés pakistanais et bengalis animent la rue. On vend des dattes, on boit des cafés. Je poursuis vers les faubourgs. De beaux enfants croisés. Une vallée du bout du monde, comme si Prads (Alpes de Haute provence)  s’était transformé en désert d’Arabie. Magnifique ! Il reste un peu de jour, je file de nouveau vers la mer. En contre-bas de la route des pêcheurs remontent péniblement un grand filet. Ils tirent en basculant leurs dos vers l’arrière, la prise doit être bonne. Oui, une centaine de kilos de petits poissons frétillants (un poisson frétille toujours avant d’y passer), mais aussi une énorme raie tigrée et une tortue ! Les enfants caressent le dos luisant des bestiaux. Ils ont un peu peur, semble-t-il, mais pas trop. Bientôt on remplit un grand casier des petits poissons mais on relâche la tortue puis la raie. Toutes deux s’éloignent sous le regard émerveillé du touriste et ceux habitués des pêcheurs. Enfin, retour par la plage. Quelques familles, quelques femmes, quelques hommes méditant…
J’ai filmé ces scènes. De retour en France je prendrai le temps de les monter. Ici, je n’ai pas le matériel pour le faire. Il me reste encore quelques heures avant mon retour. Je compte bien en profiter.

PEOPLE OF MELBOURNE

Quelques portraits pris à la volée… J’ai retrouvé sans peine mes repères dans Melbourne que je visite pour la troisième fois en cinq ans. C’est une ville cosmopolite qui prend merveilleusement la lumière. Hier soir, je m’interrogeais sur la facilité qu’il y a ici à sympathiser avec les gens. Photographier plein cadre une jeune femme, un jogger, un homme-sandwich, un groupe de mamies russes n’est pas difficile. Le contact se fait très naturellement. Or je me demandais si je devais cette facilité à ma propre disponibilité en voyage (comme si, loin de mes bases, le fardeau des inhibitions était provisoirement déposé) ou si l’Australie était ce pays sans trop de peur, unifié par les différences d’un peuple… d’immigrés. Dans les deux cas (et il est probable que les deux explications se complètent), je me disais qu’il y a leçon à tirer.

ADELAÏDE et L’AUSTRALIEN DU MERCANTOUR

En Australie, j’avais eu l’occasion de voyager successivement avec Marine et Pauline. Une escapade à Adélaïde et dans le South Australia State me permet de le faire également avec Manon. Ce sont des moments privilégiés.
Adélaïde est une ville agréable, calme malgré son million d’habitants. Tantôt l’architecture fait penser à New York, les espaces verts de North Terrace remplaçant Central Park, tantôt les rues à streep tease et à pubs (Hindley Street) annoncent déjà l’atmosphère des villes du Nord et donc du bush. Point remarquable, Adélaïde recèle le meilleur magasin de cartes de toute l’Australasie. Une aubaine pour l’amateur que je suis, une salle du trésor. Anthony Stephens, le propriétaire des lieux est lui-même cartographe et grand voyageur. Sur l’écran où passent en boucle ses photographies, je reconnais le Mercantour qu’il a parcouru voici peu de temps. Amusant de discuter du Lac Vert de Fontanalbe et du Mont Bégo avec un Australien d’Adélaïde. Je lui parle également des îles de l’Amiralty Gulf, tout au Nord du Kimberley. Sur la carte, avec une certaine excitation, nous découvrons le Fenelon Passage, Descarte et Moliere Islands non loin de l’Île Racine et du Cap Voltaire… J’achète la carte ! Comme l’Australie du Nord, les côtes de l’Australie du Sud ont été écumées par des navigateurs français. C’est dans la Péninsule de Fleurieu que nous passerons la journée de lundi. L’explorateur Nicolas Baudin, envoyé par Napoléon, avait fayoté en donnant à cette partie de la côte le nom du ministre de la Marine de l’époque ! Les découvreurs sont d’ailleurs à l’honneur à l’Art Gallery : exposition Treasure Ships consacrée à l’Âge des épices. Un régal !
Du mini road trip de la Péninsule de Fleurieu et des Adélaïde Hills, il sera question dans le prochain article.

VINICIUS AVAIT RAISON

A vida e a arte do encontro (Vinicius de Moraës )

Il faut s’y attendre, on est très vite happé par le voyage.

Cela commence à l’aéroport de Lisbonne, lorsque je remarque cette jolie fille plongée dans la lecture d’Eugénie Grandet. Certes je pourrais me rappeler le triste souvenir de mes dictées d’enfance, mais il suffit qu’elle m’aborde ­– « Vous lisez du Pierre Michon ? » – et voilà que c’est parti. Je ne sais pas encore qu’elle s’appelle Hélène, qu’elle enseigne le français à Prague, qu’elle se rend à Faro chez des amis, qu’elle connaît Vinicius de Moraës, que nous allons passer trois heures ensemble à parler littérature, boire un verre dans un troquet de la Lisbonne moderne. Tout cela, je ne le sais qu’après, une fois apprivoisé, charmé par son sourire.

Il faut deux avions pour se rendre à Ponta Delgada. Les Açores ont été jusqu’ici un lieu imaginé. Et me voilà rua João de Melo Abreu autour d’une table, à dîner en compagnie : Antonio, l’hôte de la maison, et d’autres venus de Hollande, de Tchéquie, de Roumanie. Mon oreille n’est pas encore accoutumée à leur anglais, je ne l’entraîne pas assez souvent ; pourtant peu à peu cela revient, comme toujours.

Il est tard. Je photographie le bistrot d’à côté au milieu de l’Atlantique, et je me dis ceci : Vinicius avait raison, la vie c’est peut-être bien l’art de la rencontre.

P1210056essai

DUETOS DA SÉ

Certaines images du film ILS ont été tournées à Lisbonne. C’est une de mes villes de coeur et je souhaite y consacrer plusieurs articles. J’ai rencontré Carlos et Eduardo Lála lors de mon avant-dernier séjour là-bas. Ils allaient inaugurer leur nouvel établissement, un magnifique café bar restaurant au cœur de l’Alfama : le Duetos da Sé. Carlos m’a dit que tout marcherait par deux chez eux, deux frères comme les deux tours de la Sé Velha, puis il a ajouté : ce sera un établissement « anti crise » ! Nous nous sommes donné rendez-vous pour la soirée d’ouverture et je leur ai proposé de tourner ce petit film d’ambiance.

Ce fut un plaisir et je suis heureux de participer à ma façon au baptême de ce bel endroit ; je le recommande chaudement !

http://www.duetosdase.com