JOGJAKARTA : DU TOURISME TEMPÉRÉ ?

Je me rappelle avoir croisé la route d’un appelé nommé à Jogjakarta à l’époque où, jeune VSN (Volontaire du Service National), j’étais moi-même envoyé à Accra (Ghana), pour le compte du Ministère des Relations Extérieures. C’était en 1983. Combien de Français vivent aujourd’hui à Jogjakarta, au pied du volcan Gunung Merapi ? Je l’ignore. En revanche force est de constater que la rue de mon hôtel est bondée de touristes et donc d’établissements censés en satisfaire tous les besoins : bureaux de change, tour-opérateurs, restaurants français, cafés Cuba Libre, boutiques d’artisanat, salon de massage (moins bien qu’aux Philippines), tuk-tuk à moteur ou à pédales. Le soir venu, on se croirait dans un Juan-les-Pins un peu baba cool, la tenue réglementaire étant, pour les mecs, le short et les sandales scratch, pour les filles, le petit débardeur sexy, la jupe longue en batik (achetée le jour-même) et les sandales (mais pas scratch). Bali doit présenter les mêmes caractéristiques, comme certains coins de la Thaïlande.
Hier, de retour de mon périple à Borobudur, j’ai fini par me jeter dans la ville pour tomber par hasard sur une énorme teuf nationale, la célébration des 70 ans de l’Indépendance. République autoritaire, culte de la personnalité, islam modéré (?), tourisme et badminton tiennent ici le haut du pavé. C’est approximativement ce que je perçois mais je dispose de trop peu d’éléments pour en dire davantage. Une autre fois peut-être.
Ce soir je suis de nouveau à Jakarta. Mon hôtel est pourri, c’est la première fois du voyage, il fallait bien que ça arrive.
Dans deux jours Dubaï et le Détroit d’Ormuz.
On se rapproche.

LE VOLCAN IMAGINÉ

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Pour se rendre à Pico depuis Horta, il faut prendre un ferry de la compagnie Transmaçor. L’île est dominée par un volcan culminant à plus de 2300 mètres : des pentes régulières, de plus en plus raides, jusqu’au sommet pointu. En préparant un séjour aux Açores on ne peut s’empêcher d’imaginer cette forme parfaite, une des plus belles montagnes du monde en vérité (et la plus haute entre Lisbonne et New York) et naturellement rêver de la gravir. La multiplication et la diffusion des images permettent ce type de projection. Cela n’a pas toujours été le cas. Avant de mettre la main dessus (petite dédicace à François), Maurice Herzog ignorait totalement à quoi pouvait ressembler l’Annapurna. Les photos étaient rares et le royaume du Népal encore fermé aux voyageurs étrangers. C’est par hasard aussi que Mallory repéra le Col Sud de l’Everest, resté mystérieux jusqu’au début des années 50 et devenu aujourd’hui « la décharge d’ordures la plus haute de la planète ». Pour en revenir au Pico (c’est le volcan qui donne son nom à l’île), j’ai beau avoir phantasmé sur les innombrables images qu’on trouve via Internet, je continuerai de l’imaginer longtemps. Une brume épaisse stagne à 500 mètres d’altitude et empêche de voir. Dimanche, la forme est apparue un bref moment, puis a disparu… Eh oui, le voyage imaginé n’est pas le voyage réalisé. Les lieux que l’on traverse s’inscrivent dans une réalité sans grand rapport avec ce qu’on avait pu prévoir, de même que l’impression des premiers moments se modifie quelques heures après.

J’ai emménagé dans une maison de pierres noires (basalte) sur la route de Cais de Mourato. Je la pensais en ville, elle est en pleine campagne. Le taxi a dû téléphoner à la propriétaire pour la trouver. Sur la terrasse un hamac invite à la détente et me laisse prévoir un nouveau quart d’heure de vacances. Rien n’est moins sûr cependant. Contre toute attente le beau temps peut revenir et alors à moi l’ascension du Pico !

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MES YEUX ÉBLOUIS

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L’île de Pico est une révélation. Je l’ai parcourue aujourd’hui par la côte Nord jusqu’à l’extrême point de Manthena puis par la somptueuse route du centre qui traverse les plateaux d’altitude. Ce sont d’abord les vignes curieuses, emprisonnées, bien au chaud entre leurs murs de pierres volcaniques ; je tâcherai d’en ramener une bouteille à João. Le Clube naval de São Roque offre une halte agréable après la visite du musée de l’usine baleinière. Buffet à volonté. Puis la route va de village en village. Pas grand monde… Mais le plus beau est à venir. À partir de Pietade s’élève la Transversale. Pas âme qui vive. Brouillard très dense et parfois, alors que la pluie redouble, apparition miraculeuse des lointains. Où est-on ? Sur la lune ? Je suis ébloui.

Trois informations maintenant dont certaines font suite aux articles précédents : on trouve aux Açores de nombreux bazars chinois. Choix inépuisable. Prix imbattables. Qualité moyenne. Certaines maisons arborent le drapeau portugais et le drapeau américain. On trouve aussi le drapeau canadien. Quant à la loueuse de voitures, elle se nomme GOULART. C’est un nom fréquent ici, bien représenté au cimetière. Le nom, très présent aussi en Bretagne, signifie à quelque chose près gros mangeur, gourmand, goulu. Au cimetière de Madalena, je me suis dit que ces morts-là avaient sans doute été de bons vivants.

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CONSEILS AUX VOYAGEURS

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Voici ma théorie : plutôt que d’écumer toutes les bonnes adresses du guide, choisir avec soin un resto et s’en faire une cantine. Dès le deuxième soir vous êtes reconnu, accueilli avec plaisir et, récompensé de votre fidélité, fort bien servi avec causette en prime ; ce n’est pas négligeable lorsqu’on voyage seul.

Aucun angélisme de ma part : les Açoriens sont vraiment des gens charmants, serviables, apaisants. Personne ne refuse une photographie par exemple et la conversation est toujours appréciée. Avec leur anglais moyen plus et mon anglais moyen moins, nous nous débrouillons très bien.

L’île de Faial où me voici revenu est une Auvergne sur mer. Magnifique. Le beau temps revenu, je ne me suis pas privé de plusieurs balades à cheval sur les volcans. Contrairement au Pico, ils n’étaient pas (trop) dans la brume aujourd’hui. C’est bon parfois d’y voir clair !

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LA MER

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Le triangle Faial, Pico, São Jorge – auquel il faudrait ajouter une pointe avec Graciosa, et dans ce cas ce ne serait plus un triangle mais un carré, enfin je crois – bref, ce coin de l’Océan Atlantique est un jardin. C’est l’impression que m’ont laissée les baleines pilotes, dauphins de Risso, northern bottlenose whales et autres striped dolphins qui visiblement sont ici chez eux. Que risquent-ils aujourd’hui puisque la pêche est interdite ? Avaler du plastique, paraît-il, et il est vrai qu’on en voit flotter, même loin de côtes.

Dans l’après-midi, le festival de la mer s’est poursuivi : pêche miraculeuse (un gros poisson toutes les deux minutes, je n’en croyais pas mes yeux, moi qui eus de la peine un jour m’étant rendu coupable d’avoir pêché une truite dans un lac assermenté, compromettant sérieusement ses chances de survie même après l’avoir rejetée à l’eau), baignade dans les « piscines naturelles » de Viradouro, baignade encore à la somptueuse plage de sable noir de Fajã, partout falaises, volcans effondrés rongés par les vagues, bleus divers et variés selon le bon vouloir du soleil.

Je pense à mes amis, à mes proches. J’aurais aimé partager ce goût de sel, la « curieuse impression des objets » qui vous amène au bord du vide, désireux de voir plus loin, mais toujours prudent bien sûr.

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